Deux livres ouverts simultanément c’est l’habitude du tenancier. Un roman et un essai, histoire de varier les plaisirs, manière aussi d’épouser les moments, les humeurs de la journée. La fiction est dévolue aux lectures du soir, parfois à celles des petits matins paisibles quand la maison dort encore. L’essai est une lecture de journée, qui se séquence plus volontiers. De ce côté je suis toujours plongé dans la lecture De Quel Amour Blessée d’Alain Borer, qui se déguste à petites doses, page à page.
Cette lenteur est sans doute due au fait qu’il arrive des périodes où l’on se laisse déborder en ayant trois, quatre, cinq… dix livres sur le feu. C’est le cas en ce moment et cela traduit sans doute une certaine confusion de l’esprit. Mais comment renoncer à Léonard, à Marguerite de Navarre ou Jane Austen, qui sont inscrits dans des temporalités plus longues et qui trainent sur une table de nuit, un bureau ou une commode. Un problème se pose toutefois : à force de trimbaler les livres dans une grande maison, il arrive qu’ils égarent. C’est le cas du roman en cours de lecture : Dalva de Jim Harrison. Un excellent bouquin, avec lequel j’avais rendez-vous depuis des années, mais que je n’avais pas encore pris le temps de visiter. Cet imbécile a disparu en pleine action, alors qu’un chercheur alcoolique débute un travail sur les notes inédites d’un ancêtre ayant vécu parmi les Sioux. C’est délié, fantasque, érudit, intelligent… Un vrai grand roman. Mais cet âne est introuvable. J’ai retourné deux ou trois fois la maison, sans succès. Peut-être se repose-t-il sous les coussins d’un fauteuil dans le coffre d’une voiture ou au fond d’un sac à dos. Mystère. C’est assez frustrant parce qu’il s’agit justement du genre de bouquin qui appelle une lecture d’une traite. Un film en quelque sorte dont on a envie de connaître la suite.
Par bonheur je n’aurai pas ce souci dans les semaines qui viennent. Il va falloir choisir le livre unique qui m’accompagnera au cours d’un séjour lointain. Les habitués de l’atelier connaissent mes manies : un seul livre pour voyager léger. Un ouvrage de la pléiade fait toujours l’affaire. Faute de moyens ce sera une relecture. Pour l’heure Borgès et le classique Chinois Pérégrination vers l’Ouest sont sur les rangs. Cioran ou Levi Strauss pourraient également s’inviter, avec l’avantage de n’avoir été lus que partiellement, mais le premier est un peu noir pour la route et le second un peu technique. A voir. Tout est ouvert. L’essentiel est que Dalva ressorte du bois dans l’intervalle, histoire de mettre un terme à cette impression d’inachevé qui prévaut quand un trop grand nombre de livres sont ouverts en même temps.














