Producteur d’impossible est de sortie

Retour en images sur la sortie de Producteur d’Impossible (éditions Coiffard) le 17 janvier à la cantine du grand atelier de La Machine à Nantes, en présence de François Delaroziere. 

Patricia Delange au comptoir des souscripteurs, Pierre Orefice et votre serviteur pendant la causerie. Le livre est désormais disponible en librairie. 

 

Petit manuel de survie numérique pour sexagénaire

L’homo Sapiens, nous rappelle Yuval Noah Harari, a tiré sa force de sa capacité à dépasser les petites communautés originelles en créant des histoires, des mythes que de grands groupes humains pouvaient partager. Les religions en sont l’exemple le plus parlant. Et de tout temps, nous sommes ainsi faits, la lecture émotionnelle du monde a prévalu sur sa lecture rationnelle.

Quelques parenthèses historiques, notamment au lendemain de l’invention de l’imprimerie, autorisant le partage des savoirs, ont permis à l’humanité de faire des bonds notables, produisant des avancées techniques et scientifiques remarquables. Les relations entre les grands mythes et les découvertes scientifiques sont pas moins restées tendues au long des siècles, comme en témoignent la belle santé des religions à travers le monde et le succès constant des œuvres de fiction, en littérature comme sur les écrans. Nous aimons les histoires.

Depuis ce que l’on appelle communément le siècle des lumières, une distinction s’était toutefois opérée entre d’une part l’information, qui rapporte des faits, et d’autre part les croyances et les œuvres d’imagination. Cette distinction a commencé à s’affaiblir avec l’apparition de la télévision, qui a progressivement scénarisé l’information, et basculé insensiblement vers le récit romanesque. Face au flux débordant d’informations, parfois contradictoires, qui s’est abattu sur nos cerveaux, nous avons eu besoin de nous raccrocher à des histoires pour conserver une lecture possible du monde.

L’apparition du numérique et des réseaux a accéléré le processus en utilisant deux ressorts subtils, celui de la séduction, en caressant nos croyances et en confortant nos angoisses, et celui de notre dénuement face à la masse d’informations à traiter en nous proposant de l’information prête-à-porter, servie sur un plateau sur nos téléphones portables ou nos ordinateurs. Le tout gratuitement. Curieusement nous acceptons de payer pour les tuyaux mais rarement pour les contenus. Nous nous retrouvons ainsi enfermés dans des bulles cognitives régies par des algorithmes pilotés par des aventuriers sans scrupules tels Elon Musk ou Mark Zuckerberg.  Et ce n’est sans doute qu’un début avec le développement de l’intelligence artificielle.

Si l’on ne souhaite pas se laisser aveugler, quelques mesures de survie peuvent s’envisager. Il existe des îlots refuges dans l’océan numérique que l’on aurait tort de ne négliger. Wikipédia, site participatif à but non lucratif en est un. Et il mérite d’être préservé, en dépit de quelques lacunes, face aux assauts des groupes prédateurs. Une contribution épisodique au regard de son utilité est, de ce point de vue, cohérente. Quelques abonnements à des sites d’information fiables sont également possibles, nous encourageant à aller chercher, vérifier, croiser les informations à froid, plutôt que de les subir. Côté intelligence artificielle, il existe au moins une alternative éthique (et française) aux géants américains, Mistral IA, et son moteur Le Chat Mistral, d’une utilisation simplissime.

L’autre versant de la survie est bien sûr de fuir, autant que faire se peut, les réseaux toxiques. X en est un bel exemple. La résistance coupable de la plupart des  politiques à mettre leurs opinions en accord avec leurs principes est de ce point de vue intéressante à observer. Et de n’accorder qu’une confiance prudente aux informations servies généreusement par google sur nos téléphones (selon les principes évoqués plus haut), en vérifiant toujours la source avant de cliquer. Tout en n’étant pas dupes de notre propre humanité et de notre attrait irrépressible pour les histoires qui nous confortent dans nos propres représentations.

 

 

Mayotte : c’était écrit dans le paysage

photo Marianne

 

Comme le rappellent volontiers un certain nombre d’analystes, la catastrophe qui vient de frapper Mayotte était écrite. Elle était inscrite dans le paysage à la vue de tous, sur les hauteurs de Mamoudzou, où se déployait un immense bidonville aujourd’hui rasé. Où plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers de personnes ont perdu la vie samedi, ensevelies sous les tôles et la boue, après avoir refusé de se rendre dans les centres d’hébergement, de peur d’être expulsées.

Qu’il me soit permis d’esquisser trois causes principales à ce drame, qui ne sont pas toujours avancées sur les plateaux télé, et pour cause. La première est politique : la Communauté internationale (l’Onu), qui ne reconnait pas le référendum d’auto-détermination de 1976, considère que le rattachement de Mayotte à la France est le fruit d’un démantèlement abusif de la République des Comores. Les Comoriens, du même avis, se considèrent donc chez eux à Mayotte et s’adonnent depuis une quarantaine d’années à une immigration stratosphérique (vraisemblablement la moitié de la population totale, soit 200 ou 250 000 clandestins). Tant que cette affaire ne sera pas réglée au plan international, le problème ne peut pas être résolu.

Seconde raison, me semble-t-il, la piètre administration du territoire, qui s’explique par la mécanique administrative française. En gros, sont nommés à Mayotte les fonds de tiroir des fonctionnaires français, qu’on ne sait pas où caser, que l’on punit pour une raison ou pour une autre ou qui sont attirés par l’appât du gain (c’est notamment le cas des profs). Et les trous dans la raquette sont nombreux entre des administrations tatillonnes à l’excès dans certains domaines (les papiers d’identité) et permissives à l’excès dans d’autres (pas de cadastre, pas de permis de construire…). Le seul personnage qui devrait avoir une vision panoramique des problèmes est le préfet. Or, les préfets nommés à Mayotte ne sont guère que des préfets de police, submergés par les urgences qui ne cessent de se succéder (immigration, expulsions, délinquance, barrages routiers, crise de l’eau…).

Enfin troisième raison, le plaquage d’une démocratie élective sur une culture clanique, qui produit des élus locaux clientélistes en diable, plus enclins à satisfaire leur entourage qu’à se soucier du bien public. Les condamnations on beau se multiplier (le pompon a été décroché l’an dernier par un maire qui pratiquait le tourisme sexuel à Madagascar sur les deniers publics), rien n’y fait. On embauche toujours la cousine illettrée comme secrétaire ou plus fort, on loue au noir l’espace public à des immigrés pour qu’ils y construisent leurs cases et travaillent comme quasi-esclaves à vil prix.

Bref un beau bordel, que cette catastrophe a tragiquement mis en lumière. Et ce ne sera pas, cette fois, en proposant une sucette au président des Comores que l’on résoudra ce problème de fond. Mais on peut rêver : envoyer des administrateurs compétents et motivés dans ce territoire magnifique, encadrer sérieusement les pratiques fantaisistes de certains élus et enfin s’atteler à la résolution de la question internationale.

 

 

 

Comment le peuple juif fut inventé

comment le peupleTout le monde s’est, sans doute, posé la question un jour ou l’autre : comment un peuple a-t-il pu vivre en exil durant deux mille ans, dispersé sur trois, puis cinq continents, en conservant, son homogénéité culturelle, religieuse et …ethnique* ?  Seul, sans doute, un historien israëlien était en mesure se lancer dans une telle recherche sans prendre le risque d’être taxé d’antisémitisme. Comme le souligne l’auteur de cet essai, Shlomo Sand, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel Aviv « l’histoire n’en est pas à une ironie près : il fut un temps en Europe où celui qui affirmait que les juifs, du fait de leur origine constituaient un peuple étranger était désigné comme antisémite. Aujourd’hui, a contrario, qui ose déclarer que ceux qui sont considérés comme juifs dans le monde ne forment pas un peuple distinct ou une nation en tant que telle se voit immédiatement stigmatisé  comme « ennemi d’Israël ».

Pas facile donc de traiter d’un tel sujet. Et pourtant cet essai, au titre provocateur, est absolument passionnant. Il montre, avec méthode et brio (le livre est fort bien écrit), disséquant un à un tous les aspects de la question, que le peuple juif est, au même titre que le peuple français ou le peuple allemand, le fruit d’une construction assez récente, parallèle à la montée des nationalismes en Europe au XIXème siècle. Chacun sait que la canonisation de  nos ancêtres Gaulois remonte, en gros, à la IIIème république, à cet élan de romantisme national qui a enflammé la France et l’Europe. La chose était un peu plus difficile pour le peuple juif, en raison d’une absence d’homogénéité linguistique et territoriale, c’est pourquoi l’histoire officielle aujourd’hui enseignée en Israël s’est construite en plusieurs étapes. « Pour forger un collectif homogène, il était nécessaire de formuler une histoire multiséculaire cohérente destinée à inculquer à toute la communauté la notion d’une continuité temporelle et spatiale entre les ancêtres et les pères des ancêtres. Parce qu’un tel lien culturel étroit, censé battre au cœur de la nation, n’existe dans aucune société,  les « agents de la mémoire » ont dû s’employer durement à l’inventer. Toutes sortes de découvertes ont été révélées par l’intermédiaire d’archéologues, d’historiens et d’anthropologues. Le passé a subi une vaste opération de chirurgie esthétique. »

En deux mots, Shlomo Sand, démonte toute la construction contemporaine qui prétend que les Juifs Séfarades d’Afrique du Nord et les Ashkénazes venus d’Europe de l’Est seraient les descendants d’un peuple exilé ayant habité la Palestine il y a deux mille ans. D’exil forcé et massif il n’en est, en premier lieu, pas de trace sérieuse dans l’Histoire. Ce n’était pas le genre des Romains, somme toute assez tolérants en matière de religion. Mais cet exil forcé, n’en est pas moins le mythe fondateur de l’errance millénaire des Juifs. A ses yeux c’est une vue de l’esprit, au mieux une lecture poétique de l’Histoire. Il explique par ailleurs, que les communautés juives disséminées en Europe, en Afrique ou en Asie mineure, ont longtemps pratiqué la conversion, aujourd’hui regardée avec suspicion, voire rejetée comme non conforme à la notion de « peuple élu » des orthodoxes du moment, que les alliances de voisinage étaient régulières, bref que les critères ethniques n’ont pas de sens, après deux mille ans de joyeux mélange. L’historien décortique à cet effet les multiples aspects de la question, observe les maigres traces laissées dans l’Histoire (notamment l’énigmatique royaume Khazar en Europe centrale au moyen-âge), les filiations linguistiques (le Yiddish, dérivé du haut-allemand) pour enfin évoquer les dernières recherches en matière de génétique, qui infirment la thèse d’une supposée homogénéité ethnique, précisant même que les descendants les plus proches des populations qui peuplaient la Judée il y a deux mille ans sont vraisemblablement… les Palestiniens, convertis à l’Islam au fil du temps. Ce qui, si l’on voulait être rigoureux avec le vocabulaire, ferait aujourd’hui des antisémites non des anti-Israëliens, mais des anti-Palestiniens.

Si continuité il y a, elle est donc exclusivement religieuse. Ce qui est déjà une belle performance, au vu des persécutions dont ont été victimes les adeptes du judaïsme au cours du dernier millénaire. Et il n’est pas question ici de minimiser l’importance de ces persécutions. Pourquoi dès lors, prétendre fonder une « ethnocratie » comme qualifie Shlomo Sand le régime Israëlien (Etat où, je l’ai appris au passage, le mariage civil n’existe pas : seul le mariage religieux est reconnu). Sans doute pour conforter la légitimité d’un Etat, sa propriété historique de « la terre d’Israël »,  Etat qui redoute apparemment d’en manquer. Il fallait donc s’appuyer sur un mythe fondateur, dont la Bible est la bible,  afin de valider, en interne comme en externe, la notion de peuple, de nation et par conséquent de territoire.

 

*terme abondamment utilisé par l’auteur.

NB : je ne méconnais pas le risque, en rédigeant cette note, d’indisposer quelques lecteurs. Il y a peut-être quelques maladresses de vocabulaire, mais aucune intention maligne. Avant tout procès d’intention, merci de prendre connaissance de l’ouvrage.

Comment le peuple juif fut inventé ?, Shlomo Sand, traduit de l’hébreu par Sivan Cohen-Wiesenfield, édition de poche Champs Flammarion.




Les Essences Souveraines sont de sortie (3)

Les prochaines causeries autour des Essences Souveraines auront lieu le dimanche 13 octobre à la Minothèque de Bouvron (44) et  samedi 19 octobre a librairie La Curieuse d’Argentan (61). Vous êtes les bienvenus.

Minothèque, Tiers-Lieu, 21 bis rue Louis Guilhot, 44130 Bouvron. 11 heures.

Libraire La Curieuse, 7 place Henri IV, 61200 Argentan. 10 heures. 

Les Essences Souveraines sont de sortie (2)

Passionnante rencontre avec les lecteurs du Passage, la grande librairie d’ Alençon, le samedi  25 mai, autour des Essences Souveraines, précédée  la veille par un beau papier dans les colonnes d’Ouest-France. 

Les prochaines rencontres auront lieu le 22 juin à Avoise, près du manoir où aurait été imprimée clandestinement la première version de ces Essences Souveraines en 1534, et le 6 juillet à la librairie La Curieuse d’Argentan. Le livre sera ensuite présenté en Loire-Atlantique. 

Les Essences souveraines

Chers lecteurs,

Certains d’entre vous l’attendaient, d’autres en avaient eu vent au lendemain de la parution du Malais de Magellan, j’ai le plaisir de vous annoncer la sortie des Essences Souveraines, fantaisie romanesque à paraître dans quelques semaines.

En voici l’argument :

Printemps 1534, le médecin de Marguerite de Navarre, duchesse d’Alençon, entreprend la traduction des théories controversées d’un alchimiste allemand ayant découvert les essences souveraines des plantes. Il est encouragé par la chambrière de Marguerite, nonne défroquée, et Jeanne d’Avoise, une amie de la duchesse, qui accepte de transformer son manoir en imprimerie clandestine. Un jeune typographe, exilé à Nantes depuis la fermeture tumultueuse de la première imprimerie alençonnaise, est mis à contribution avec la bénédiction de Clément Marot, le fantasque secrétaire de Marguerite. Mais les tensions restent vives entre l’Église, qui fait volontiers rôtir les imprimeurs, et les adeptes des idées nouvelles. Elles se cristallisent à l’occasion du mariage de René de Rohan et d’Isabeau d’Albret au château d’Alençon le 16 août 1534.

J’ai choisi d’éditer moi-même ce petit roman, à l’enseigne de L’atelier du polygraphe, dans les mêmes conditions que celles qui avaient présidé à l’édition du Malais. Il aura la même forme : format de poche, 164 pages, imprimé sur papier bouffant 80 grammes et composé en Garamond. Mon ami Claude Lefebvre a réalisé le croquis pour le frontispice. Le tirage sera de 500 exemplaires, dont 50 exemplaires numérotés, réservés aux souscripteurs, qui n’auront d’autre récompense que le plaisir d’avoir encouragé sa publication, puisque le prix de vente sera le même pour tous : 14 €.

Pour souscrire, rien de plus simple : un mot message à philippe.dossal@gmail.com et vous serez inscrits sur la liste, dans l’ordre d’arrivée. Je vous indiquerai la marche à suivre pour procéder à votre virement et récupérer le livre.  

Les heureux souscripteurs et les clients du Passage à Alençon auront la primeur de sa sortie puisque je ne serai pas en Métropole avant fin mai pour assurer sa promotion. Si vous préférez le recevoir par la poste, il faudra compter 4 € supplémentaires pour les frais d’envoi.

Voilà, voilà. Soyez très décontractés, il n’y a pas d’enjeu commercial dans cette affaire, juste du plaisir. 

Amicalement

Le 27 janvier 2024 à Sada

Peinture de Bronzino