Archives de catégorie : Chroniques

Le premier oeuf

Belle surprise ce matin lors de la visite matinale du poulailler : la petite noire, une Marans, avait pondu son premier œuf, un bel œuf roux comme savent le faire ces poules des Charentes. Je suis d’autant plus touché que j’avais passé la journée précédente en compagnie de mes trois pensionnaires pour procéder à l’agrandissement de l’enclos et rafraîchir la maison (je rêve parfois de la peindre à la manière des poulaillers de Tex Avery) . Cette marque d’affection me va droit au cœur.

P1030062

Il faut préciser que pour cette seconde couvée (les poules de l’an dernier, que j’avais laissé(es) en liberté, ont été mangées par le renard du bois voisin, gasp !), il y a une innovation de taille : la présence d’un coq. Un magnifique coucou de Rennes, encore adolescent, que m’a proposé un voisin. L’enclos risquait de se révéler un peu petit. Je leur ai donc aménagé une salle à manger avec des piquets de récup et le dernier morceau de grillage qui traînait.

P1030071

Pourquoi un coq, me direz-vous ? puisque l’objectif principal est d’avoir des œufs et non des poussins. C’est la faute de l’ami Olivier, auquel nous avons rendu visite cet été en Creuse, pour qui un poulailler sans coq est une faute de goût, doublée d’une punition pour les poules, qui ne pourraient pleinement s’épanouir sans coq.

Olivier m’a ainsi conseillé la lecture d’un petit livre : Le poil et la plume de la comédienne Anny Duperey, qui élève des poules… en Creuse. Un charmant petit bouquin, où l’on apprend des tas de choses sur les mœurs des bêtes à plumes, et sur les dégâts commis sur leur comportement par les élevages en batterie (la plupart des poules ne savent plus couver).

Yseult, la crêpière de La Maison du port de Lavau, qui possède une longue expérience en matière des poules, a toutefois douché mon enthousiasme ce midi. « Un coq avec deux poules, tu vas les retrouver en charpie, il lui en faut au moins une demi-douzaine. » Bon, trois je veux bien, mais pas plus ou alors il faut encore agrandir l’enclos. L’an dernier j’en ai eu quatre, c’était exagéré, on s’est retrouvé débordés par les œufs : quatre par jour ! Et puis il n’est pas question de faire un élevage.

Pour l’heure tout va bien, c’est la petite noire, la Marans, qui fait la loi et le jeune coq doit faire la queue à la cantine quand mademoiselle est à table. On verra bien ce que l’avenir nous dira. Quoi qu’il en soit, je prends un grand plaisir à les visiter chaque soir et chaque matin, à les observer gratter la terre ou se coucher à l’ombre pendant la journée. Je n’avais jamais imaginé m’attacher à des poules.

Et puis sait-on jamais, si l’une d’elles se met à couver, je laisse faire. Des poussins au printemps, ce serait la classe ! Une poule suivie par une ribambelle de poussins c’est quand même, sans faire de violon, un sacré spectacle.

 

 

L’entretien

eric-dupont-moretti

L’état de la justice française permet-il de lire celui de la société ? Les convictions que l’avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti a cultivées dans les cours d’assises en font la démonstration. A sa manière. Forte. D’Edwy Plenel et de Médiapart dont il fustige les « méthodes abjectes » aux Le Pen père et fille – « le premier s’occupe des juifs, la seconde des arabes » – à qui ont été abandonnés les sujets de société « victimes de la pensée unique », « Aquittador » dissèque les ressorts d’une société « hyper » puritaine, hygiéniste et moralisatrice, « hyper » victimaire, normée et politiquement correct, in fine qui infantilise, déresponsabilise, et obstrue les « vrais débats qui font civilisation ». Résultat, une compression des espaces de liberté qui retire à la France le statut de “Pays des droits de l’homme”.

Une fois n’est pas coutume, je relaie ici un long entretien donné par l’avocat Eric Dupont-Moretti à Denis Lafay pour La Tribune. Une réflexion tonique sur l’état de la justice et de la société, qui montre, s’il était besoin, que le débat n’est pas encore mort dans ce pays. L’entretien est ici, le lien : http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/grands-entretiens/2015-06-25/eric-dupond-moretti-l-hyper-moralisation-pourrit-notre-societe.html

 

Le divin marché

Il est des livres magiques dans lesquels on retrouve formulées clairement des intuitions confuses. Le Divin Marché est de ceux-là. Et je n’en suis qu’à la moitié. Je n’en éprouve pas moins le besoin de fixer par écrit quelques idées qui me viennent à l’esprit et qui pourraient s’échapper au fil de la lecture tant cet ouvrage est dense et copieux. Je voudrais surtout éclairer, à la lumière de cette réflexion, deux phénomènes : la résurgence d’un Islam radical dans le monde et l’incroyable fortune d’un parti d’extrême-droite en France qui ne laissent pas de susciter des colonnes d’analyses et de commentaires.

moutonsLa thèse de Dany-Robert Dufour est, somme toute, assez simple. Les découvertes scientifiques ont bouleversé notre relation au monde, mais n’ont pas résolu nos problèmes métaphysiques. Une nouvelle croyance est donc née discrètement au XVIIIeme siècle, basée sur l’approche de Newton, selon laquelle l’univers est une splendide machinerie où les forces s’équilibrent naturellement. Le chantre de cette nouvelle doctrine, Adam Smith, a élaboré une théorie selon laquelle, ce qui est valable pour la nature l’est aussi pour l’humanité. Ainsi l’ensemble des intérêts égoïstes de tous les humains s’équilibre et produit une société assurant le bonheur de tous. C’est « la main invisible » du marché.

Cette théorie « libérale », principalement portée par les Anglo-Saxons, en particulier les Américains, a prospéré tranquillement au cours du XIXème siècle, tout en étant contenue en Europe et dans le reste du monde par une vision plus classique de l’organisation de la société, plus portée à la régulation, dans des pays dotés de pouvoirs politiques forts et interventionnistes. Mais elle a peu à peu gagné le reste de la planète, en s’appuyant sur une illusion partagée : l’idée que le bonheur est intimement liée au consumérisme, à la possession toujours plus grande d’objets apportant le susdit bonheur (relire à ce propos l’excellente Société de la consommation de Baudrillard). N’hésitant pas, au besoin, à utiliser les découvertes en psychologie pour promouvoir une « économie libidinale » fondée sur les instincts primaires de population, réduite à un « troupeau » de consommateurs aveuglés.

divin market

Cette relation au bonheur terrestre a, peu à peu, sonné le glas des religions (à l’exception notable du protestantisme, marchéo-compatible, aux Etats-Unis), au profit de revendications contemporaines qui s’expriment dans cette magnifique formule qu’est « le pouvoir d’achat » (magistralement mis en boite ici).  Et créé un vide métaphysique qui commence à déstabiliser sérieusement les populations les plus fragiles, progressivement oubliées par cette « main invisible » au profit des plus malins, qui ont peu à peu dévoyé de système en faisant sauter, à la fin du XXème, les dernières barrières de régulation. En deux mots, le pouvoir politique a perdu la main, au profit des tenants d’une théorie qui s’est peu à peu transformée en religion.

Les perdants à ce petit jeu, cette fois c’est moi qui parle, commencent à donner de la voix. Ils se trompent, bien entendu, mais il est assez curieux que peu d’intellectuels et pratiquement aucun parti politique n’aient mis le doigt sur le fond du problème. Ce n’est pas la conduite des affaires publiques qui est en cause, mais la relation du « troupeau » à la consommation. Et de ce point de vue nous sommes tous coupables. Enchainés par cette croyance que l’objet fait le bonheur, et piégés en permanence par les stratégies toujours plus subtiles déployées pour nous fourguer une camelote jetable (la mode, l’air du temps, le progrès technique…).

Mais revenons sur les perdants. Une citation de Dany-Robert Dufour tout d’abord, éclairante en elle-même : “Le Marché, ce dieu postmoderne (…) est capable de concentrer sur lui la haine des dieux qui échappent encore à son influence. Certes, le monde est en voie de globalisation, mais il existe encore de vastes zones pré-modernes. Entre ces deux zones, pré- et postmodernes, c’est à une nouvelle guerre de religions que nous assistons. Les religions pré-modernes savent bien bien que si elles ne réussissent pas à détruire par tous les moyens possibles le Marché, c’est le Marché qui les détruira. On assiste donc à une radicalisation des religions pré-modernes au titre desquelles il faut évidemment compter ces pans de l’Islam prêts à en découdre avec le Marché et ses incarnations (la société occidentale, les multinationales etc…). Comment oublier que ce fut un des temples les plus visibles du Marché qui fut visé le 11 septembre 2001 avec la destruction des tours jumelles du bien nommé World Trade Center ?”

Les seconds perdants, plus proches de nous, voteront Front National aux prochaines élections (59% des ouvriers selon les dernières estimations). Laissés pour compte par le système, ils expriment ainsi leur colère contre ce Divin Marché qui ne tient pas ses promesses à leur égard. Mais, ne nous y trompons pas, leur rêve est bien de rejoindre le troupeau. Un plus petit troupeau certes, mais plus sûr, le troupeau national. Ces deux sortes de perdants ne sont pas méprisables par définition. Ils n’acceptent tout simplement pas les règles du jeu qui leur sont imposées. Ils se trompent évidemment d’adversaires et de méthodes.

La plus grande difficulté n’est-elle pas de mettre en lumière les causes profondes du trouble ? Décidément, les intellectuels, les grands esprits, nous manquent cruellement ces temps-ci.

L’affaire est dans le sac

Finalement ce sera Poe, Edgard, dans la pléiade. Cioran est décidément trop noir pour accompagner des vacances. Pas mécontent pour autant d’avoir relu La tentation d’exister et découvert Histoire et Utopie. De très belles pages sur la Russie, mais une fascination morbide pour les tyrans. Donc, donc, pas Cioran sur ce coup là, mais nous y reviendrons. Voyons voir. Il doit y avoir ce qu’il faut dans les pléiades, pour satisfaire l’exigence d’un bagage léger : un seul bouquin, mais un bon, autant que faire se peut. Les pléiades ne sont pas regroupées, mais s’intercalent dans l’ordre alphabétique de la bibliothèque. Côté littérature Jane Austen ouvre le bal, mais c’est une lecture encore fraîche. Ensuite Balzac. Toute la comédie humaine est disponible (dix volumes) dans la première édition (grenat, le code couleur par siècle n’était pas encore adopté) héritage d’une vie antérieure de bouquiniste. Lu récemment Béatrix, qui se déroule près de Guérande, après Les illusions perdues. Pas mal, mais risqué si ça ne marche pas. Barbey, maintenant. Toujours ensablé dans Un prêtre marié, magnifique mais diabolique. Barbey, c’est un peu le Cioran romancier du XIXéme, M. Court me pardonnera j’espère. Baudelaire ensuite. Pourquoi ne pas relire un peu de prose de Baudelaire. Le spleen de Paris, un de ces textes qui m’ont éveillé à la langue. Pas relu depuis bien longtemps. Tentant. Mais poursuivons. Borges, trop facile, les volumes (première édition) ont les dorures qui se sont enfoncées dans le cuir tant les volumes ont été été manipulés. Je me suis fait un plaisir de les balader sous les tropiques. J’aime les livres qui ont voyagé.

photo DR

Dostoïevski qui a accompagné le transsibérien, Yourcenar qui a fait l’Afrique ou Proust, victime rafistolée d’Asie, ont une place à part dans ce panthéon local. Mon préféré reste le Yourcenar, qui n’a pas bougé, qui s’est même bonifié avec le temps. Le cuir est souple sous la main. Mais déjà relu Les Mémoires d’Hadrien et L’œuvre au noir. Donc donc, Baudelaire. Au fait Poe, où est le Poe ? Chez un des garçons sans doute. Effectivement. Ah oui Poe, traduit par Baudelaire, pas mal. Un cadeau d’anniversaire d’Isabelle, en 1987, pour mes trente-et-un-ans. Relu à cette occasion, mais pas depuis. Un peu exaspéré à l’époque, confessons-le, par la tournure fantastique que prennent Les aventures d’Arthur Gordon Pym. Mais bon, ça se retente. Le volume n’est pas trop gros, il n’a plus de boitier ni de rhodoïd, mais il est avenant. C’est Bachelard qui m’a ramené cet hiver à Poe. Dans L’eau et les rêves, Bachelard s’appuie souvent sur Poe pour dérouler sa rêverie, notamment sur les aventures d’Arthur Gordon Pym : « Cette œuvre est comme on le sait un récit de voyages, un récit de naufrages. Ce récit est encombré de détails techniques sur la vie maritime. nombreuses sont les pages où le narrateur, féru d’idées scientifiques plus ou moins solides, aboutit à une surcharge fatigante d’observations techniques (…) Au temps de ma première lecture je n’avais trouvé qu’ennui à cet ouvrage, et bien que je fusse dès la vingtième année un admirateur d’Edgard Poe, je n’avais pas eu le courage d’achever la lecture de ces interminables et monotones aventures (…) J’ai compris [alors] que cette aventure qui, en apparence, court sur deux océans, est en réalité une aventure de l’inconscient, une aventure qui se meut dans la nuit d’une âme. Et ce livre, que le lecteur guidé par la culture rhétorique peut prendre pour pauvre et inachevé, s’est révélé au contraire comme le total achèvement d’un rêve d’une singulière unité. »

Autre question au moment de boucler le sac. Machine ou pas machine ? Laptop or not Laptop ? Une question qui ne se posait pas il y a une dizaine d’années mais qui, désormais, s’impose. Tout bien pesé ce sera non, pas d’ordinateur, fût-il portable. Cela limitera les possibilités d’intervention dans cet atelier, mais un petit décrochage ne fera pas de mal. Le lieu reste cependant ouvert aux familiers, qui n’ont pas besoin de montrer patte blanche. Pour les visiteurs de passage, un filtrage du premier commentaire est installé, pour nous préserver des trolls. Mais un simple clic depuis un téléphone portable permettra, au besoin, de valider la publication. Voilà, voilà. Direction le sud donc. Annonay, pays des frères Montgolfier et du papier Canson, dans un premier temps,  puis Avignon, où nous tâcherons d’assister à quelque représentation théâtrale. Retour par la Creuse et  les Charentes. En ne doutant pas que la jeunesse aura pris soin de la maison pendant que les chats sont partis. Bon juillet à tous.

Tout le monde sait bien que Descartes était membre du parti socialiste

Tombé, par le jeu des liens sur les réseaux sur ces perles du bac 2015, compilées par Sarah Redon sur le site Terrafemina. Soit Sarah est une reine de l’enquête, puisque les copies sont à peine corrigées, soit ces perles sont un best of des années précédentes ou c’est une pure création. Dans tous les cas elles méritent d’être reproduites, parce que la rédactrice a du bien s’amuser.

descartesLes perles de philosophie

Socrate est un bon exemple de choix car il aurait pu aller se cacher dans les milliers d’îles grecques, surtout qu’à lépoque elles n’étaient pas envahies par les touristes, mais il a choisit la cigue.

Je pense avoir démontré dans mon exposé qu’à part les masochistres, on vit pour être heureux.

N’oublions pas le proverbe : la parole est d’argent mais le silence endort.

C’est plus facile de se connaître pour savoir ce que l’on fera comme métier plus tard. Par exemple j’ai renoncé à ma vocation d’être prof quand je vois le bordel qu’ils doivent gérer.
Des fois, je rencontre des textes où on peut lire des âneries comme ce connais-toi toi-même de je sais plus qui. Comme si on se connaissais pas.

C’est comme si on vous demande votre nom et que vous ne savez pas. Ça risque de mal finir et de vous conduire au poste. Conclusion : il vaut mieux savoir qui on est.

Après une visite à une expo d’art contemporain, j’ai changé ma perception de ma vie car j’ai compris que l’on pouvait gagner de l’argent avec n’importe quoi.

La calomnie se répand comme une traînée de poulpes.

La politique n’a rien à faire en philosophie. Tout le monde sait bien que Descartes était membre du Parti Socialiste, et pourtant il a écrit de très bons livres.

Le langage ne se limite pas à la parole. Si on prend l’exemple du Gangnam Style, c’est une dance qui est très connue dans le monde mais dont personne ne comprend les paroles.
Le bonheur, ça se gagne. Comme disait le philosophe Nicolas Sarkozy : Il n’y a pas de plaisir sans effort.

Voltaire disait “l’art de la citation est l’art de ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-mêmes”. Par conséquent, je n’utiliserai aucune citation.

Enfin, il est à noter que nous devons également à l’État certains de nos états psychologiques : tristesse, déprime, rage, dégoût, envie de partir…

Le langage corporel devient un outil de survie quand il s’agit de la reproduction de l’espèce.

Les perles de français et de littérature

En rouge et noir et Stendhal.

Les auteurs du Moyen-âge se sont beaucoup inspirés des auteurs de la renaicance.
Parfois on se demande si certains écrivains comprennent ce qu’ils écrivent.

Le personnage du roman de Stendhal en fait, c’est un grand romantique, il est tellement love qu’il peut rester deux heures devant une fenêtre sans bouger.

Le titre de Giono est bizarre car s’il y en a qui ne manquent pas de divertissement c’est bien les rois avec les banquets et leurs maîtresses.

On peut comparer ce texte à l’Entonnoir d’Émile Zola.

Selon Platon les androïdes seraient la raison de l’amour.
L’utilisation du sonnet remonte au XVe siècle, où des auteurs comme Plutarque vont généraliser son utilisation.

Le XIXème siècle, siècle des Lumières, réuni beaucoup de mouvements & d’auteurs. (…) Paul Verlaine est connu pour ses romans tel que Le Tour du Monde en 80 jours.

La poésie satirique correspond à de la poésie qui parle de Satan. C’est un sujet très intéressant, mais pas toujours facile à traiter.

Probablement que Musset voulait que sa pièce soit lue dans un fauteuil et pas joué au théâtre, mais on ne peut pas lui demander parce qu’il est mort.

Les perles de mathématiques

On trouve le binôme, le trinôme et le polygone.

L’angle aigu a été trouvé par le savant Cosinus.

Le triangle est un rectangle avec un côté en moins.

Vu la complexité de ce sujet, la probabilité d’avoir la moyenne à cette épreuve diminue…

Si le nombre complexe est un nombre réel, j’en conclu par conséquent qu’une réponse est possible, néanmoins, je ne sais pas laquelle.

Cette question est tellement facile que je n’ai pas pris le temps de recopier la réponse (j’ai fait le calcul dans ma tête).

Les perles d’histoire

Le président américain a rencontré son monologue français Hollande…

Margaret Tadechair n’était pas bien vue par les Anglais.

Le régime de Vichy a toujours été très bon pour la santé.

Finalement, les Chinois sont punis de confectionner tous nos objets car ils ne peuvent plus rapporter de souvenirs Made in France à leurs amis car en dessous c’est marqué “Made in China”.

Jacques Chirac a dit que le gouvernement précédent a été laxatif dans la conduite de l’État.
La Chine a trois religions : le taoïsme, le kungfusiannisme, le bouddhisme.

En 1792 les Français déclarent la guerre à plusieurs pays d’Europe, pour leur apporter la paix.

L’ONU est une institution qui permet au pays riche de contrôler les pays pauvres tout en douceur. Cela évite des guerres et des morts, ce qui est plutôt positif.

Aux États-Unis, on ne voit pas pourquoi leur 14 juillet tombe le 4 juillet. Preuve qu’ils veulent toujours se faire remarquer.

Les perles de géographie

L’Amérique du sud ne peut pas lutter avec l’Amérique du Nord, à part le Brésil qui s’en sort grâce au football et à son carnaval.

On voit que l’Union Européenne occupe une place centrale dans les échangismes internationaux.

L’Afrique du sud a été créée en 1815 par Nelson Mandela.

Les pays pauvres se sont quasiment tous rassemblés en Afrique. Il aurait plutôt dû se rapprocher des États-Unis, comme l’ont fait le Mexique et le Canada.

La Russie est un grand pays qui possède d’importantes réserves de pétrole, mais également de barils de vin. C’est important pour attirer de nouveaux investisseurs tels que Gérard Depardieu.

Au Japon, le manque de place oblige les autorités à construire des aéroports sous-marins.
Actuellement, la population chinoise s’élève à plus de 20 milliards d’habitants.

On voit bien le racisme dans le nom que l’on a donné aux pays africains comme le Monte-Negro.

La culotte glacière fond et fait dévier les ours polaire.

La prochaine coupe du monde de football aura lieu au Brésil, juste à côté de l’Afrique du Sud.

Les perles de physique-chimie

Les ondes sismiques ne se déplacent pas le lundi.

Tous les GPS ne sont pas en orbite autour de la Terre. Il y en a beaucoup qui restent dans les voitures afin de trouver la route plus facilement.

Les bombes atomiques sont inoffensives quand elles servent à produire de l’électricité.
Nous savons par exemple que les satellites de Jupiter ont une trajectoire épileptique.

Une lumière monochromatique est une lumière qui n’a qu’un seul chromosome.

L’eau dissée d’Homer est un concept physique écrit dans un livre encore très connu de notre temps.

Il faut prendre garde à ne pas confondre la fiction nucléaire et la fission nucléaire.

On l’a appelée bombe H car elle a été inventée par l’ingénieur Hiroshima.

Le mercure est si lourd que la tonne de mercure peut égaler 100kg.

Le mur du son est dépassé ; maintenant on peut écouter des films et de la musique dans les avions.

Le robot Curiosity est soumis à la traction gravitante du Soleil.

Le cheval transpirait et faisait de la vapeur quand il tirait les wagons, d’où le cheval-vapeur.

Les ondes électromagnétiques : les ondes les ultra violées, les micro-ondes, les grandes ondes (comme RTL).

 

Un autre monde

La silhouette effilée du MV-Liemba s’annonce au large de Kagunga, village tanzanien situé à 5 km de la frontière burundaise. Bastingages tordus, pont branlant, le plus vieux ferry du monde pousse la sirène du bord et jette l’ancre dans les eaux hypnotiques du lac Tanganyika. Amenés depuis le rivage par des barques de pêcheurs, près de 600 passagers burundais embarquent sur le bâtiment, qui reprend aussitôt la direction de Kigoma, son port d’attache en Tanzanie, une quarantaine de kilomètres plus bas.

liemba-africa

MV Liemba. Photo : DR

 

Pas de temps morts : la situation sanitaire de Kagunga ne cesse d’empirer avec l’afflux massif de nouveaux arrivants. Manque d’eau, épidémies, premiers décès. Plus de 50 000 réfugiés ont déjà rejoint ce village depuis le début des violences politiques liées au coup d’Etat avorté contre le président burundais, Pierre Nkurunziza, fin avril. Beaucoup d’entre eux n’iront pas plus loin à pied : une chaîne de montagnes escarpées rend toute fuite vers le sud hasardeuse. « Le MV-Liemba joue ici un rôle crucial, souligne Joyce Mends-Cole, représentante du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) en Tanzanie. En deux voyages, il nous permet d’évacuer 1 200 personnes par jour vers Kigoma. »

C’est ainsi que débute un long reportage publié le 2 juin par Le Monde.  Outre le fait que le Burundi connait actuellement une crise majeure, ce papier rappelle à celles et ceux qui ont un peu pratiqué l’Afrique que nous ne vivons décidément pas dans le même monde. Il se trouve que j’ai traversé le lac Tanganyka il y a une vingtaine d’années sur ce vapeur*, construit par les Allemands à la veille de la première guerre mondiale, alors que le Tanganyka était encore une colonie germanique. C’était déjà un magnifique château branlant, possédant le charme pénétrant des ruines, où l’on pouvait louer une cabine au prix de quatre heures d’attente assorties de l’inévitable bousculade dans les files d’attente africaines.

the-MV-Liemba DR

the-MV-Liemba DR

 

Coulé à deux reprises, renfloué, réparé, rafistolé il assurait à l’époque  la liaison entre la Zambie et le Burundi, via Kigoma, sur la rive orientale du lac (face au Zaïre, devenu la République Démocratique du Congo). Il continue donc son service, les flancs chargés de bois, de ballots et de passagers et assure en ce moment l’exfiltration des Burundais qui fuient le pays. A l’image des chemins de fer tanzaniens, dont les wagons partent en lambeaux, le MV Liemba reste un des seuls moyens de transport collectif dans la région. L’une des régions de la planète les mieux pourvues en métaux rares et précieux, exploitées par des compagnies occidentales,  (le Katanga, de l’autre côté du lac est l’objet d’une guerre permanente entre bandes armées qui assurent la “protection” des mines) n’a pas même les moyens d’entretenir un matériel qui part en charpie.

Les mécaniciens du MV Liemba rigoleraient sûrement un bon coup en nous entendant parler de développement durable, eux qui rafistolent – faisant preuve d’un génie époustouflant du bricolage – des engins qui mériteraient à peine la ferraille chez nous. Nous ne vivons décidément pas dans le même monde, accrochés que nous sommes à un mode de vie confortable et dispendieux  (nos batteries de téléphones portables viennent en partie de là-bas) et imperméables au coût humain de ce confort. Certes on voit bien quelques images de réfugiés se jetant sur des rafiots en Méditerranée, mais cela reste une vision abstraite et vaporeuse qui provoque une compassion passagère, vite balayée par l’information, l’émotion suivante.

Une pensée donc aujourd’hui pour tous ces Africains qui piétinent sur un quai d’embarquement sous un soleil de plomb, ne sachant pas de quoi demain sera fait. Et un coup de chapeau à ces géniaux rafistoleurs, dont l’ingéniosité permet à des centaines de personnes de sauver leur peau, et desquels nous aurions de belles leçons à prendre.

*L’homme blanc, Joca Seria, 2007. http://www.librairie-nantes.fr/9782848090801-l-homme-blanc-recit-de-voyage-philippe-dossal/

 

 

Divertissement pascalien

Au courrier, ce mot d’Alain-Pierre Daguin à propos du petit dernier : “Jean Blaise, réenchanteur de ville”. Cette lecture d’Alain-Pierre, latiniste émérite et ancien responsable du service culture du quotidien Presse-Océan, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, me ravit parce qu’elle interroge, en toute légèreté, la dimension philosophique du travail du bien nommé Blaise sur l’espace public.
Nantes jardin des plantes œuvres de Claude Ponti. Photo : Nantes.fr

Nantes jardin des plantes œuvres de Claude Ponti. Photo : Nantes.fr

Bonsoir Philippe,

Ton “Réenchanteur de ville, Jean Blaise” m’a rajeuni… Autant dire captivé !
Non seulement, j’ai revécu avec intérêt des événements que j’ai suivis au fil des années, mais j’ai aussi retrouvé bien dessiné le personnage de Jean Blaise. Tu en fais un portrait très juste : directement en racontant son action volontariste pour ne pas dire autoritaire, et indirectement en donnant la parole à celles et ceux qui ont travaillé avec lui et l’ont soutenu.
Je retrouve le Jean Blaise malicieux dans la provocation, têtu dans ses  choix, décidé à provoquer le débat sur sa conception de ce qu’il est convenu d’appeler  “la culture”.
Autrement dit, une fois fermé ton livre, j’en conclus que c’est en flirtant à sa façon avec le plus pur divertissement pascalien que Jean Blaise a amené le citadin à sortir de chez lui et donc de lui-même, autrement dit de sa solitude.
Jean Blaise est de la sorte parvenu à faire du Nantais, en particulier, un flâneur des deux rives de la Loire, l’incitant à retrouver le bonheur de bernauder en ouvrant les yeux sur l’ici et le maintenant de l’art renversant.
Les Nantais ayant répondu nombreux à sa sollicitation, ont manifestement fait de Jean Blaise un pionnier du ” vivre ensemble “.
Mais j’ignore toujours si la démarche de Jean Blaise amène les citadins en question à ” philosopher ” autrement dit à ” apprendre à mourir ” comme disait ce cher Montaigne.
Bref, à l’évidence, il y a du Merlin chez Jean Blaise, mais je me demande encore aujourd’hui si son action incite les gens de la ville “réenchantée” à cultiver sagement leur jardin comme l’a suggéré Voltaire.
Ce jardin me demeure donc…secret.
Bravo et merci à toi puisque tu me fais me poser des questions, autant dire me conduis à me cultiver, et… à philosopher ! Et que philosopher, c’est…
Amitiés.
A.P.D.
P.S. J’aime beaucoup la photo de J.B. en couverture. Son regard entre extase, interrogation et méditation, évoque pour moi celui des personnages mystiques que sut peindre en son temps la Renaissance italienne. Finalement, J.B. doit être un mystique !

Un tramway nommé traquenard

Monsieur le Président, cher Pascal

Extra-urbain responsable et un brin écolo, conscient des nuisances provoquées par l’automobile en centre-ville, j’ai eu la mauvaise idée vendredi dernier d’utiliser un parc-relais pour garer ma voiture et circuler en tramway pendant la journée. Je devais, le soir, animer une rencontre avec la charmante Kerry Hudson, dont je vous recommande la lecture, au Lieu Unique. Catherine, qui organisait la rencontre, avait eu la mauvaise idée de me convier à dîner dans la foulée.

parc relaisManifestant une légère inquiétude  quant à la possibilité de récupérer ma Dacia au terme de la soirée, j’ai été rassuré par tout le monde : “s’ils ferment le soir, c’est avec la dernier tramway, c’est logique, puisque ce sont des parkings tramways”. Erreur grave. Débarquant donc avec l’un des derniers trams, aux alentours de 23h 45, aux abords du parc Orvault-Morlière, j’ai dû écarquiller les yeux en apercevant un immeuble clos comme une prison, défendu comme un bastion Tchétchène devant l’armée Russe. Pas un chat, pas un chien naturellement, pas un hôtel dans le secteur. Un no man’s land total et glacial. Je n’étais évidemment pas vêtu pour passer la nuit dehors.  Précisons que je réside à 35 km de Nantes.

Je vous passe les détails, les coups de fil en pleine nuit à la recherche d’un havre, l’appel d’un taxi avant l’arrivée d’un sauveur en la personne d’une petite voiture blanche siglée Sécuritas, qui effectuait une ronde de nuit. Sourire du chauffeur : “votre voiture est dedans ? Il y a peut-être une solution, en cherchant bien vous allez trouver un petit panneau avec un numéro de téléphone. Il vont nous appeler et je pourrais revenir avec les clefs, mais ça va coûter un bras.” Après quelques minutes de patientes recherches je finis par débusquer ce minuscule panneau et à appeler le numéro en question, où l’on m’explique que le déblocage va prendre une demi-heure et que la facture sera de 30 euros.

prisonSur ce, naturellement, arrive le taxi, que je dédommage pour son déplacement inutile, en pleine nuit. Mon agent Sécuritas revient un bon quart d’heure plus tard et nous passons à la partie administrative du délit : nom, prénom, adresse, immatriculation du véhicule, signature de trois documents, dont l’amende. “Vous savez, vous pouvez contester”, me précise mon sauveur, avec qui j’ai fini par sympathiser (il refusera le billet de 5 euros que je lui tends en franchissant la porte) trop heureux de m’échapper après une heure de galère nocturne. “C’est très mal indiqué, il y a plein de gens qui se font piéger. Notre record, un dimanche, c’est 14 voitures”. J’apprends ainsi à l’occasion qu’il faut à tout prix éviter le dimanche.

Monsieur le président, cher Pascal, je ne contesterai pas cette amende. Peut-être d’ailleurs la Semitan n’est-elle pas gestionnaire de ces parcs-relais. Peu importe. En revanche je vous invite soit à faire coïncider les horaires avec ceux du tram, soit à revisiter votre politique de communication, qui ne cesse d’inciter, d’encourager la fréquentation de ces merveilleux parkings. De deux choses l’une soit les paysans de mon bois n’ont pas le droit de dîner à Nantes, soit ils doivent inventer des stratégies de sioux pour ne pas se retrouver ainsi piégés,

 

Sans rancune et bien à vous,

Philippe

 

 

Extrémisme religieux et dictature

extremisme“Il suffit de savoir que, dans les langues occidentales, on en est venu maintenant à employer le terme djihad dans le sens d’opérations meurtrières armées et que l’on emploie en français, même dans les milieux universitaires, le terme islamisme dans le sens de terrorisme. J’ajoute à cela qu’en Occident la plupart des mosquées sont financées par les fonds de cheikh wahhabites du pétrole et que ces derniers proposent une lecture salafiste rigoriste de la religion, qui contribue grandement à la dévaloriser dans l’esprit des Occidentaux. ” Ces quelques lignes sont extraites d’Extrémisme religieux et dictature, un recueil de chroniques d’Alaa El Aswany , parues dans la presse égyptienne entre 2009 et 2013.

Ces chroniques donnent toute la profondeur du malentendu en train de se propager sur la planète au bénéfice d’une secte religieuse bourrée de dollars qui impose une pratique locale archaïque (le Coran a un problème avec la modernité, ou plutôt certains interprètes du Coran ont buggé au XVIe siècle) en arrosant la planète avec ses chaines satellitaires. Ce recueil est un contre-champ précieux, puisqu’il invite à chausser les lunettes d’un musulman éclairé, doublé d’un grand écrivain, ouvertement hostile à la dictature comme à l’extrémisme religieux. Une ligne de crête périlleuse en Egypte. Alaa El Aswany n’hésite pas dénoncer l’hypocrisie mortifère qui s’est développée en Egypte sous l’influence – récente – du wahhabisme et le recul culturel que cette influence a provoqué. Il n’en dénonce pas moins les excès criminels de la dictature (sous Moubarak en l’occurrence), la corruption généralisée, qui conduisent une partie de la population au désespoir et jettent les jeunes gens dans les bras des extrémistes musulmans. Son premier roman L’immeuble Yacoubian est, de ce point de vue, particulièrement éclairant, où l’on voit un jeune homme injustement refusé dans la police finit dans la peau d’un terroriste.

Mais on ne peut évidemment réduire Alaa El Aswany à ce recueil. Les deux romans L’immeuble imm yacoubianYacoubian, et Chicago, que je viens de terminer, sont des bonheurs de lecture : intelligents, fins, assez chauds (ah la sexualité sous le voile !), et pénétrants dans l’exploration mentale des uns et des autres. en outre fort bien écrits (et traduits naturellement.)

Je découvre, à ma grande honte, cet auteur contemporain, qui nous parle du monde comme il va en jouant sur les deux visions qui s’opposent aujourd’hui et qui font la tragédie des musulmans (et la nôtre parfois). Il nous le dit sans prévention mais avec élégance. On a tellement besoin de clefs pour comprendre.  Il se trouve que la librairie Vent d’Ouest m’a demandé d’animer un échange avec Alaa El Aswany, que n’avais pas lu auparavant (trop suspicieux sans doute avec la littérature contemporaine) dans le cadre du festival des littératures Atlantide à Nantes. D’un côté je suis tétanisé de l’autre impatient, j’ai des tas de questions à lui poser. On verra, mais avec des livres pareils, il n’y a pas vraiment d’inquiétude. C’est à la librairie Vent d’Ouest jeudi à 19h 30 si mes souvenirs sont bons.

Je serai le lendemain au Lieu Unique avec une jeune écossaise, Kerry Hudson, qui peint le sous-prolétariat écossais avec une énergie et une fougue contagieuses. Une petite fille chez les junkies qui trace sa route. C’est assez réjouissant. L’annonce est sur la col de droite si j’ai bien réglé le backoffice comme disent les pros.  So long.

Extrémisme religieux et dictature, Alaa El Aswany, Actes Sud. Tony hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, Kerry Huson, Philippe Rey.

 

 

La fabrique à glace

image jean blaiseReçu le premier exemplaire du petit dernier. Le livre est annoncé en librairie pour le 21 mai. Un petit extrait pour fêter cette parution : un passage du chapitre consacré aux Allumées, manifestation qui a bousculé Nantes pendant six ans, durant six nuits, de six heures du soir à six heures du matin, et dont s’est inspirée la Nuit blanche parisienne.  Qu’il me soit permis de remercier ici Marie et Pascale pour leur amicale et bienveillante relecture. Et bien sûr tous les témoins qui m’ont permis de recomposer cet itinéraire singulier. Ce récit, forcément lacunaire, est une forme d’hommage rendu à Nantes par un petit gars d’Alençon qui a découvert sur les bords de la Loire comment l’art pouvait s’emparer de l’espace public, comment les cultures venues d’ailleurs pouvaient questionner, bousculer et enrichir nos représentations.

La singularité de la manifestation consiste à investir des lieux méconnus, oubliés ou carrément abandonnés dans les franges de la ville, dans les faubourgs peu à peu désertés par les activités laborieuses et pas encore gagnés par l’habitat. La reconquête éphémère de la Fabrique à glace, au sud de l’île de Nantes, près d’une grande sucrerie en activité, est de ce point de vue un pari qui semble, avec le recul, insensé. Jean Blaise décide en effet de transformer cette ancienne usine aux allures de grand blockhaus, que pas un Nantais sur dix ne sait situer sur un plan de la ville, en un gigantesque lieu de rendez-vous pour accueillir les festivaliers à partir de vingt-trois heures chaque soir. En trois semaines, Daniel Sourt fait débarrasser la friche de 500 mètres cubes de gravats et construit un espace pouvant recevoir plusieurs milliers de personnes : une scène pour le rock et un bar de 27 mètres dans la première partie, un sas de décompression où prend place une exposition sur l’architecture, et un restaurant de 2 800 mètres carrés au centre duquel il a conçu un gigantesque carré cuisine, enfermant les fourneaux, où s’agitent une dizaine de jeunes cuistots issus d’un chantier d’insertion. En trois semaines, il a fallu poser des portes, installer la plomberie, la piste de danse, les décorations.

La fabrique à glace. Photo Ouest-France

Outre la découverte de lieux inconnus ou inexplorés, Jean Blaise va s’évertuer à cultiver un autre genre de décalage durant ces longues nuits, celui des formes. C’est ainsi qu’à côté de spectacles monumentaux ou carrément monstrueux – comment ne pas évoquer La Véritable histoire de France de Royal de Luxe donnée à deux reprises sur le parvis de la cathédrale –, il tient à proposer de toutes petites formes, qui encouragent un commerce intime avec la création. Plusieurs plasticiens sont ainsi invités à exposer dans des appartements privés, qui restent ouverts toute la nuit, où le public défile, bon enfant, au fil d’un parcours que chacun compose à sa guise. Lors de la première édition, c’est l’hôtel de France qui est choisi comme repaire pour les auteurs et les amateurs de littérature. Mais les causeries nocturnes et les discussions enflammées viendront à bout de la patience des hôteliers et la manifestation migrera les années suivantes vers l’hôtel de la Duchesse-Anne, près du château.

La contagion gagne et une partie de la ville reste éveillée toute la nuit. « On assurait des départs de cars à quatre heures du matin, se souvient Thérèse Jolly. Il nous arrivait de ne pas dormir pendant trente-six heures. » Cette impossibilité de conjuguer la nuit et le jour conduira de nombreux Nantais à poser une semaine de congé dès la deuxième édition, pour ne pas terminer la manifestation complètement épuisés. Des Nantais, mais pas seulement : le bouche-à-oreille fonctionne à plein, et les aficionados venus de La Rochelle, de Brest ou de la région parisienne posent de plus en plus nombreux leurs valises à Nantes au cours de cette semaine d’octobre.

« Quand on a vu, lors de la première édition, la traînée de fourmis qui franchissait les ponts sur la Loire pour se rendre à la Fabrique à glace, on s’est dit que c’était gagné. C’est vrai qu’il fallait aller le chercher ce lieu, mais cette manière d’investir l’espace est un peu dans nos gènes », commentera plus tard Jean Blaise, qui décide de pousser le bouchon un peu plus loin pour la deuxième édition puisqu’il obtient de la ville de Leningrad, qui deviendra Saint-Pétersbourg quelques semaines avant la manifestation, la mise à disposition d’un équipage et l’envoi d’un navire pour convoyer les artistes russes. Plus de trois cents personnes. Navire qui sera amarré sur un quai près du terminal à bois de Cheviré. « Pendant la manifestation, c’était la panique totale, sourit Thérèse Jolly, les artistes ne dormaient pas sur le bateau, on les cherchait partout. À la fin, il en manquait trente ! »