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Les sept vies d’un grand port maritime

C’est compliqué un titre. Ce ne doit être ni trop long ni trop court, résumer en quelques mots le contenu du papier, éviter si possible les lieux communs et inviter à la lecture. Inviter au voyage pourrait-on presque dire pour un article de 12 000 signes qui prétend embrasser une aventure millénaire (rassurez-vous celui-ci n’en fait pas 3 000). J’ai longtemps tourné autour du titre de la contribution que m’a demandée l’automne dernier la revue 303 sur l’histoire du port de Nantes. La revue vient de paraître et je ne me souvenais plus si j’avais choisi Les sept vies d’un grand port maritime ou les sept vies d’un grand port maritime et fluvial. Cette seconde option eût été plus juste, mais le titre un peu long.

Cet atelier me donne la possibilité de revenir sur cette dimension capitale dans l’histoire du port de Nantes et de la plupart des grands ports européens. Sans fleuve pas de véritable port. Il faut se souvenir que jusqu’à l’avènement du chemin de fer, le transport de marchandises s’effectuait principalement par voie fluviale. Les grands ports, et Nantes en premier lieu, étaient en réalité des places de marché, des charnières entre la terre et la mer. Nantes a d’ailleurs longtemps compté deux ports, de part et d’autre du château, séparés par une ligne de ponts. Une ligne que les navires hauturiers ne pouvaient franchir avec leurs grands mâts. Sur les quais s’échangeaient le sel de la baie de Bourgneuf, le vin de Loire, les toiles de chanvre ou la laine d’Espagne.

C’est lors de me plus belles aventures journalistiques, un tour des côtes France que m’avait confié en 1992 le quotidien Libération pour un hors série consacré à la renaissance des bateaux traditionnels, que j’ai découvert l’importance oubliée de la navigation fluviale. Les difficultés de naviguer à contre-courant sur les grands fleuves, même si la batellerie de Loire avait la chance de bénéficier de vents dominants. Ce qui n’empêchait pas, parfois, les vins de tourner sur des gabares encalminées, expliquant la raison pour laquelle Orléans est devenue la capitale du vinaigre. De découvrir aussi la longue tradition de bateaux à usage unique qui descendaient le fleuve depuis sa source chargés jusqu’au plat bord pour finir en bois de chauffage dans l’estuaire.

L’Hermione, photo Rochefort-Océan

La réplique de l’Hermione, la frégate qui conduisit La Fayette en Amérique à la fin du XVIIIe, n’était pas encore en construction lors de ce tour des côtes de France. Mais je la visiterai avec grand plaisir lors de son passage à Saint-Nazaire et Nantes, fin mai. Je conserve un souvenir extasié de la venue de la Victoria, la réplique du dernier navire de l’expédition Magellan, pas plus grosse qu’un chalutier, ne disposant pas même d’une barre à roue, lors de son passage à Nantes il y a deux ou trois ans. Pour revenir à 303, ce numéro spécial est un véritable bijou d’édition. Je ne sais pas si le thème a été choisi dans la perspective de la grande exposition sur la mer, prévue fin juin à Nantes, mais c’est fort possible. Ce me semble en tout cas une bonne idée, à l’heure où l’on commence – enfin – à se préoccuper de l’état des océans, que nous continuons, en puérils apprentis sorciers que nous sommes, à saloper allègrement.

L’épaisseur du temps

“Je dois avoir besoin d’éprouver la durée” expliquait ces jours-ci l’historien Patrick Boucheron en contant la genèse de son dernier ouvrage, La trace et l’Aura, sur lequel il a travaillé plus de quinze ans. J’ai arrêté la voiture pour noter la formule et tenter de fixer les réflexions qui m’ont saisi à l’écoute de cette remarque. J’y ai spontanément perçu une résonance avec le travail ici engagé autour du XVIe siècle.

Deux conseils de lecture, Chambord-des-songes de Charles Dantzig et La guerre des pauvres d’Eric Vuillard ont ainsi provisoirement stoppé la poursuite de La tentation de Louise. Cette pause n’est nullement une contrainte, plutôt un luxe que le promeneur s’accorde sur le chemin. Le plaisir de la durée, celui de donner aux enrichissements le temps d’infuser, pour, sait-on jamais, suggérer ici une remarque sur l’inscription dans la pierre de la tournure d’esprit d’un roi, là donner quelques clefs sur la folie apparente de certaines révoltes populaires.

La construction de cette somptueuse coquille vide qu’est Chambord, un peu à l’image du Taj Mahal à l’autre bout du monde, l’idée d’un écrin de pierre, imaginé pour le seul plaisir des yeux, a en effet quelque chose de vertigineux et nous dit quelque chose de la nature humaine. Je n’ai pas encore achevé Chambord-des-songes, qui confessions-le, me déçoit un peu. L’ouvrage tourne à la démonstration de virtuosité d’un auteur un peu trop content de lui à mon goût. Il y a certes de précieuses indications sur le contexte dans lequel a été conçu Chambord, sur la psychologie de François 1er, mais beaucoup de digressions qui finissent par fatiguer son lecteur et polluer le propos.

Côté guerre des pauvres, je vais attendre la venue de l’auteur, ce mercredi 13 février à Nantes (libraire La vie devant soi, 18h30) pour me faire une idée. Il s’agit apparemment d’un texte court et dense. Quoi qu’il en soit, les révoltes dans le premier tiers du XVIe – notamment celle des anabaptistes évoquée par Marguerite Yourcenar dans L’oeuvre au noir – alors que la parole de Dieu se frotte à la langue vulgaire grâce à l’imprimerie (oserais-je avancer comme les gilets jaunes et internet), sont passionnantes à observer.

Bref, tout cela pour témoigner du fait qu’un des privilèges de l’âge est peut-être de prendre la mesure de l’épaisseur du temps. De comprendre qu’il est doux de s’extraire de cette contrainte que l’on s’impose trop souvent à soi-même, la contrainte d’être “dans les temps”. Non, la durée a quelque chose à nous dire. Et puis, comme dit le poète : “Le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui”.

Bon dimanche, bonne semaine, bonnes lectures.

 

 




La tentation de Louise

Voici le premier jet du premier chapître, l’incipit en quelque sorte, de La tentation de Louise, titre provisoire de la suite du Malais de Magellan. L’exercice n’est pas simple parce ce livre devra pouvoir se lire sans, nécessairement, avoir connaissance du précédent. Il me fallait donc choisir un artifice pour résumer le Malais, présenter les personnages sans être redondant. Et en tâchant d’être parfaitement raccord. Comme pour le Malais, cette esquisse n’a pas vocation à rester en ligne. Il s’agit, au bon sens du terme, d’une épreuve. Vos éventuelles remarques sont les bienvenues (que vous ayez lu le Malais ou pas) sur latelierdupolygraphe@gmail.com. Cette plongée dans la bibliothèque du château d’Alençon au debut du XVIe siècle dure environ cinq minutes. Bonne lecture. 

 

« Avant de vous confier cet ouvrage, Etienne, je vous dois une confidence. » Louise se tortille sur sa chaise devant la grande table de la librairie. La chambrière de la duchesse semble troublée par le petit livre en attente de reliure qu’elle tient entre les mains. Ce n’est pas son habitude mais la jeune femme, d’ordinaire plus railleuse que bavarde, a envie de parler aujourd’hui, besoin de dire. « Asseyez-vous, je vous en prie » poursuit-elle en ouvrant le livre sur le plateau où ils ont coutume  de travailler, de convenir du type de reliure pour chaque ouvrage. « Je ne sais pas ce qui me trouble le plus. Si c’est la qualité de la forme : le vergé est magnifique, la mise en page de Simon de Colines splendide, le jeu des caractères d’une grande élégance – votre travail devrait en faire un pensionnaire distingué de la bibliothèque de Marguerite ; et en même temps ce livre ne dit pas ce qu’il a à dire. Ce sera vraisemblablement un objet muet, un nouvel élément de décor sur les étagères de la librairie, pas une véritable présence. Dîtes-moi sincèrement, qui à Alençon peut s’intéresser au Voyage et navigation fait par les Espagnols aux îles Molluques ? Ou plutôt ne me dites-rien. Accordez-moi simplement un moment, ajoute la chambrière en relevant ses yeux verts sur ceux du vieux relieur.

Etienne Besnard est un peu surpris par cette entrée en matière. Lui qui se réjouit toujours de pénétrer dans cette petite bibliothèque nichée à l’arrière du palais d’été de la duchesse d’Alençon. Le vieux relieur est un taiseux. Il aime son métier, considère comme un privilège le fait d’être au service d’une grande maison, tenue depuis plus de vingt ans par une princesse éduquée et savante, maniant plusieurs langues, grande protectrice des arts et des lettres. Mais il se garde depuis toujours de se mêler du contenu des ouvrages régulièrement livrés au château pour enrichir la librairie, ouvrages qu’il relie patiemment, dont il coud les cahiers, pose les plats et  estampe à froid les cuirs aux armes de Marguerite d’Angoulême, duchesse d’Alençon et reine de Navarre. Ce n’est pas un secret, la châtelaine est une adepte de certaines idées nouvelles, combattues par l’Eglise, de traductions en langue vulgaire, de commentaires des philosophes grecs, quand elle ne publie pas ses propres ouvrages, à l’image de son récent Miroir de l’âme pécheresse. Cette dernière livraison en provenance de Paris ne semble pourtant pas, à première vue, sentir le fagot ; la bibliothèque héberge déjà quelques récits de voyages évoquant des terres inconnues. Le relieur est curieux de connaître les raisons du trouble de la jeune chambrière.

Etienne aime beaucoup Louise, jeune femme franche et un tantinet moqueuse, qui s’est imposée naturellement comme gardienne du temple de la duchesse. Le relieur la fréquente depuis le départ subit, il y a deux ou trois ans, du typographe qui eut quelque temps le soin de la librairie et qui s’est, dit-on, installé à Paris. Etienne Besnard est épaté par l’érudition de la chambrière, sa connaissance de la chose imprimée, qui en fait une interlocutrice de choix pour habiller, classer, entretenir les livres du château. Difficile d’imaginer, au regard de ce sourire malicieux, de cette silhouette élancée, de cette chevelure auburn mise en lumière par une coiffe posée avec une savante négligence, qu’il s’agit d’une ancienne nonne, placée au sortir de l’enfance dans un couvent par les restes d’une famille dissoute par les guerres d’Italie. Mais c’est ainsi, et ce n’est sûrement pas un hasard si Louise voue une reconnaissance éternelle à la duchesse d’Alençon, qui l’a sauvée du couvent en la prenant sous son aile, au point de s’oublier elle-même, d’oublier que les années passent et qu’elle s’enterre aujourd’hui d’une autre façon dans les couloirs et la librairie de ce château déserté.

« Figurez-vous, Etienne, que je connais bien ce texte, trop bien peut-être. Pour l’avoir travaillé, corrigé, amendé, commenté même, pour une édition qui ne verra jamais le jour. » Le vieux relieur tressaille puis se recale dans son fauteuil. « Continuez, Louise, continuez, vous m’intriguez évidemment. » « Ce récit va bien au-delà d’un voyage fait par les Espagnols aux îles Molluques, même si le titre est juste. Il s’agit de la première circumnavigation faite autour du globe terrestre. Le premier voyage autour du monde, rien de moins, raconté par l’un des dix-huit survivants d’une expédition incroyable, partie en direction de la Nouvelle Espagne et revenue par les côtes de l’Afrique, qui s’est achevée il y a à peine plus de dix ans. Ce survivant, Antonio Pigafetta, a offert le récit de son voyage à quelques souverains, dont  la mère de Marguerite, et au Pape, qui s’est semble-t-il débrouillé pour que l’affaire ne s’ébruite pas trop. On sait juste que Pigafetta a disparu après avoir vainement tenté d’éditer lui-même un récit complet de son aventure. J’ai eu connaissance de ce journal de voyage grâce à Léonard Cabaret, le typographe qui fut un temps en charge de cette librairie, lequel s’était procuré le manuscrit avec la complicité Clément Marot, le facétieux factotum de la duchesse, poursuit Louise, dont le visage s’empourpre imperceptiblement.

« C’est Clément qui s’était chargé de la traduction et, de fait, sauf le respect dû au traducteur de la reine mère, un certain Jacques-Antoine Fabre, le récit sur lequel j’ai travaillé était beaucoup plus complet, écrit dans une prose beaucoup plus souple et imagée. Léonard et son ami, le graveur Guillaume Bonaventure, que vous avez connus tous deux, avaient utilisé la presse de l’atelier de la rue du jeudi pour imprimer quelques exemplaires de ce récit fabuleux, avec l’accord de maître Simon du Bois. Mais l’affaire a fait long feu si l’on peut dire, puisqu’elle est tombée en pleine crise entre l’évêché et le château et que les liasses, que nous avions eu la mauvaise idée d’imprimer en caractères romains en dépit de l’interdiction de l’Eglise, ont été brûlées par une bande d’excités à la solde de l’inquisiteur. Vous pouvez remarquer que Simon de Colines n’a pas commis cette erreur puisqu’il a composé le récit en gothique bâtard, ajoute Louise en montrant le superbe incipit composé par l’imprimeur parisien. Il n’a pas, non plus, pris le risque de mettre en exergue le tour du monde, pour ne pas s’attirer les foudres de l’Eglise, de plus en plus querelleuse quant aux publications qui sortent des presses du royaume.  Pour autant, Simon de Colines a réalisé un ouvrage d’une grande beauté, qui me renvoie à la trivialité de notre composition. Contrairement à ce que nous imaginions, tout ne réside pas dans le caractère. L’équilibre de la composition, la balance des blancs, l’introduction de points crochus pour faire respirer les phrases, changent tout. Ce n’est, finalement, pas un drame que ce livre n’ait jamais vu le jour, pas pour l’imprimerie en tout cas. Quant à la progression de la connaissance, c’est sans doute une bonne solution, par les temps qui courent, de ne pas trop provoquer l’Eglise. Simon des Colines préfère d’évidence diffuser discrètement le texte sans attirer l’attention des inquisiteurs. »

« Voilà, vous savez tout, ou presque. Et vous comprenez sans doute mieux les raisons pour lesquelles Léonard Cabaret et Guillaume Bonaventure ont quitté Alençon dans la foulée de Simon du Bois.  En l’absence de la duchesse, qui se partage désormais entre la Navarre et à la cour de France, une imprimerie n’était plus tenable en ville. Trop exposée à la vindicte de prêtres terrorisés par la propagation d’un savoir qui leur échappe. » Etienne Besnard se garde de commenter le contenu de cette longue confidence, dont il connaissait les contours sans avoir jamais compris le motif du départ précipité du jeune typographe. Il n’en est pas moins estomaqué de la témérité et de l’aplomb que cache la jeune femme sous le manteau de l’avenante chambrière. Mais ceci explique sans doute cela. Sa connaissance de la chose imprimée ne tombe pas du ciel, Louise s’est elle-même déjà frottée au bois de la presse et au métal des caractères. Il n’en savait rien. Comme cela arrive parfois, rarement à vrai dire, la jeune femme se dilate soudain dans le regard du vieux relieur, elle prend une dimension nouvelle, une épaisseur singulière. Et il comprend mieux sa remarque, tout à l’heure, sur la présence d’un livre.

Voici donc le premier jet de La tentation de Louise, titre provisoire de la suite du Malais de Magellan. L’exercice n’est pas simple parce ce livre doit pouvoir se lire sans avoir lu le précédent. Il me fallait donc choisir un artifice pour résumer le Malais, présenter les personnages sans être redondant. Et en tâchant d’être parfaitement raccord. Comme pour le Malais, cette esquisse n’a pas vocation à rester en ligne. Il s’agit, au bon sens du terme, d’une épreuve. Vos éventuelles remarques sont les bienvenues sur latelierdupolygraphe@gmail.com. 




La bibliothèque vagabonde

Les dernières commandes honorées (dont un sujet sur l’histoire du port de Nantes à paraître au printemps dans la revue 303) l’heure est venue de redonner vie à Léonard Cabaret et Louise de Chauvigny, dont les aventures ont obtenu le succès d’estime qu’elles escomptaient mais mis en lumière une certaine sécheresse de l’auteur. Auteur qui reconnaît volontiers avoir un peu négligé ses personnages au profit d’une contextualisation parfois abusive (qui n’est pas pour autant exempte d’erreurs, nous y reviendrons) et d’une attention maniaque aux ressorts dramatiques. Il est donc temps de remettre l’ouvrage sur le métier pour donner un peu de chair à ces personnages dont les aventures devraient, si tout va bien, se déployer en trois tomes regroupés à terme en un volume.

Marguerite de Navarre par Jean Clouet (vers 1530)

Aprés m’être replongé dans les mentalités de l’époque en relisant (avec grand plaisir) l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, je me suis lancé en décembre dans une nouvelle recherche pour imaginer la bibliothèque (à l’époque on disait la librairie) de cette femme de lettres dans son château d’Alençon. C’est en effet dans cette bibliothèque que je souhaite démarrer ce second tome, dans laquelle Louise va découvrir l’édition de Simon de Colines du voyage de Magellan. Ceci pour être parfaitement raccord avec le Malais. Je n’en dirai pas plus pour le moment, parce qu’en fait je n’en sais guère plus. Sinon que Louise, en cette année 1534, soit cinq ans aprés la premier opus, est devenue la libraire attitrée de Marguerite et que Léonard a ouvert un atelier d’imprimerie à Nantes. L’idée générale restant d’être le plus pointu possible sur le contexte historique, l’évolution des techniques, les détails de la vie quotidienne, l’histoire des mentalités, mais très libre sur les ressorts dramatiques, sur l’évolution des personnages fictifs, que sont Louise, Léonard et Guillaume le graveur.

Reconstitution de la bibliothèque de Montaigne Programme ANR CORPUS 2012 (ANR-12-CORP-0003-01)

C’est la raison pour laquelle je prends un soin particulier à configurer cette bibliothèque, cherchant un maximum de sources, notamment iconographiques comme cette reconstitution en trois dimensions de la bibliothèque de Montaigne. Il s’agit aussi de la situer dans le château d’Alençon. Dans le Malais, cette bibliothèque, confiée à Léonard, se situe dans le palais d’été, mais la découverte de travaux d’un historien alençonnais – qui a fait un travail remarquable sur le château en dépit de la faiblesse des sources –  va vraisemblablement me conduire à la bouger, parce que la localisation de ce palais d’été et même son existence, ne sont pas ausssi assurées que je l’imaginais. C’est un peu la magie de ce “work in progress” qui permet d’affiner les choses au fur et à mesure du travail.

Le châtelet d’entrée, fig 14, in Le château d’Alençon en 1440, Thierry Churin.

La bibliothèque risque donc de s’installer dans le pavillon ci-dessus représenté. Pavillon qui s’appuie sur les deux tours du châtelet d’entrée. D’ici à ce que la bibliotèque se retrouve dans une des tours il n’y a qu’un pas. Ce serait un clin d’oeil à la bibliothèque de Montaigne qui me conviendrait assez bien. Nous verrons au moment d’attaquer le texte. En 2019, c’est à dire demain. Cinq cents ans aprés le départ de l’expédition Magellan, ça ne s’invente pas.

Bon vent à tous pour cette année qui commence.




L’atelier de l’éditeur 2

C’est fait, l’atelier du polygraphe est un authentique éditeur. Je viens en effet de recevoir l’indicatif éditeur de l’AFNIL (Agence Francophone de Numérotation Internationale du Livre) et les dix premiers numéros d’ISBN (International Serial Book Number) pour les publications à venir. Le premier ouvrage de l’atelier sera donc Le Malais de Magellan. La maquette est désormais réalisée et le texte n’attend plus que ses derniers amendements. La composition en garamond, assez gourmand en papier, a réservé une surprise ; l’ouvrage ne comptera pas 128 pages comme je le pensais, mais 164. Les chapitres s’enchainent pourtant sans saut de page comme ce fut longtemps l’usage pour économiser la matière première. Reste maintenant à saisir les dernières corrections, qui portent essentiellement sur la ponctuation et l’harmonisation de la typographie.

 

Cette maquette est accompagnée de plusieurs options de couverture. Il faut à présent choisir la couleur et à arbitrer entre un lettrage blanc et un lettrage noir. Nous verrons au moment du choix définitif du papier. Ce qui induira vraisemblablement un passage à Alençon, où se trouve l’imprimerie, en écho au contenu du livre, qui évoque la première imprimerie de cette bonne ville.

Une semaine après son lancement, la souscription est close. Les cinquante premiers exemplaires sont en effet réservés (merci à tous). Une nouvelle date est également fixée pour la sortie publique : le samedi 21 avril à La Maison du Port de Lavau-sur-Loire. Cette date s’ajoute au salon du livre du château de Blain qui aura lieu, pour sa part, les 7 et 8 avril.  Je ne sais pas encore si je le proposerai à la vente sur un site en ligne ou s’il faudra passer par cet atelier. Nous verrons. Pas facile le métier d’éditeur. Il faut penser à tout. Mais il est assez excitant de conduire une telle entreprise et de compléter cet atelier d’une petite maison d’édition.

Bonne semaine à tous.




L’atelier de l’éditeur

L’une des saveurs du travail artisanal est de faire face à des situations inattendues, de résoudre des problèmes imprévus qui se dressent parfois sur le chemin d’une réalisation, paralysent un chantier. L’indisponibilité de mon éditrice préférée me conduit depuis quelques jours à prendre en charge l’ensemble de la chaîne de production du Malais de Magellan*. Dans un délai extrêmement court puisque j’ai eu la témérité d’annoncer parution pour le début du mois d’avril.

C’est à la fois vertigineux et excitant puisque cette publication va faire du polygraphe un éditeur à part entière et de l’Atelier une maison d’édition en mesure de conduire une publication de A à Z. Ce concours de circonstances est, en outre, un parfait écho au contenu du texte, qui évoque l’édition tumulteuse d’un récit de voyage dans une imprimerie alençonnaise au début du XVIe siècle.

Pour l’heure deux préoccupations majeures : régler les problème d’impression (devis, maquette, choix définitif du papier, de la couv) et obtenir un ISBN (international book serial number) pour faire entrer l’objet dans le champ des radars. Le premier travail est en cours, l’imprimeur choisi, mais le devis doit encore être précisé avant la mise en chantier de la maquette. Pas vraiment d’inquiétude de ce côté puisque le cahier des charges est assez simple (sur le modèle d’un précédent ouvrage, composition en garamond). Le travail n’en est pas pour autant terminé, loin s’en faut, avant la dernière chassse aux coquilles et la signature du BAT (bon à tirer). Pour l’ISBN, le délai annoncé est de trois semaines, ce qui entre dans le calendrier.

Côté bonne nouvelles, la linogravure de Claude Lefebvre, prévue en frontispice, est tirée et le logo éditeur réalisé (peut-être encore quelques modifs dans les gris). La souscription lancée jeudi 22 février pour financer l’impression marche bien (39 commandes ce dimanche matin sur les 50 exemplaires réservés). Beaucoup par amitié évidemment, mais c’est ainsi qu’a démarré mon premier forfait qui a, somme toute, connu une carrière honorable. Le texte lui, reste sage dans son coin, à l’exception de quelques corrections mineures, pour faire place à l’argument, ce délicat résumé censé mettre l’eau à la bouche du lecteur.

Pour les visiteurs de passage qui n’ont pas suivi la genèse de ce petit roman, le voici :

*Printemps 1529, alors que l’Eglise s’apprête à faire rôtir ses premiers imprimeurs, un jeune typographe d’Alençon, Léonard Cabaret, découvre l’existence du manuscrit d’Antonio Pigafetta, l’un des dix-huit rescapés de l’expédition Magellan. Encouragé par Clément Marot, le poète attitré de Marguerite de Navarre, épaulé par une  nonne en rupture de couvent, Louise de Chauvigny, il va tenter de coucher sous la presse ce récit fabuleux dont seuls quelques princes ont jusqu’alors connaissance. L’étude du manuscrit attire l’attention de Louise sur un esclave, le Malais de Magellan, héros malgré lui de l’une des aventures les plus folles de l’Histoire.

Il reste, ce dimanche 25 février, quelques ouvrage en souscription (12€) pour celles et ceux qui n’ont pas reçu la notice. Il suffit d’un courriel à l’adresse indiquée au bas de la colonne de droite. Je tâcherai de donner des nouvelles de l’avancement du chantier au cours du mois de mars.

Bon dimanche.




L’heure de la rentrée

L’un des habits qu’il me faut endosser cette année pour la rentrée est celui de correspondant local du quotidien Ouest-France. C’est assez plaisant, plutôt sympa et pas trop compliqué, mais cela demande toutefois de conjuguer des exercices forts différents, entre le décryptage des politiques publiques pour le lecteur averti et pointilleux de Courriercab, une dose rituelle de bons vieux clichés pour quelque grand magazine parisien et la chronique de la rentrée scolaire pour la locale du journal.

Mais c’est somme toute assez complémentaire. On est plus affûté avec le cabinet d’un ministère quand on peut le titiller sur les retombées concrètes des mesures concoctées dans un bureau aveugle. La géographie n’est pas la même sur une carte – lorsque l’on décide par exemple que la responsabilité de l’eau sera confiée aux intercommunalités – et dans la vraie vie, où le débit de l’eau se moque des frontières administratives mais son conforme au relief, aux bassins versants. Toutes choses auquelles il est parfois difficile de penser depuis Paris et qui font souvent enrager les responsables de collectivités. Mais passons.

Le grand bénéfice (et la grande responsabilité parce que c’est à double tranchant) du statut de correspondant du journal est celui d’être subitement élevé au rang de notable. Rien à voir avec celui d’obscur journaliste pour la presse nationale ou d’auteur de bouquins. D’intello un peu excentrique. Votre regard sur l’environnement prend désormais une toute autre valeur. Il acquiert une sorte de pouvoir symbolique qui l’autorise, croit-on, à juger ce qui a un intérêt et ce qui n’en a pas. C’est évidemment un leurre parce que les contraintes sont multiples, de forme comme de fond, et qu’on ne décide pas de grand chose au bout du compte.

Cette semaine par exemple c’est la rentrée scolaire et la préparation de les journées du patrimoine. Autant de bons vieux marroniers. Mais mine de rien, je vais pouvoir vérifier sur le terrain si cette histoire de 12 élèves par classse en CP se vérifie. Il faut que je me dépêche mon cartable n’est pas prêt. Bonne semaine.




Atelier d’écriture

3-continentsLa semaine est studieuse pour le polygraphe, appelé comme chaque année à polir la copie de Preview le journal (papier et en ligne) du festival des 3 Continents  que réalisent les étudiants du master 2 infocom de l’Université de Nantes.  Au menu cette année : hommage à Abbas Kiarostami, rétrospective Rithy Panh et gros plan sur le cinéma indien.  Enfermé dans la salle de rédaction à travailler sur les textes – un atelier d’écriture en quelque sorte – je n’aurai malheureusement pas le loisir d’assister à beaucoup de projections. C’est le sort des secrétaires de rédaction. Nous ne nous en plaindrons pas, il faut bien que chacun se frotte à l’édition un jour ou l’autre.

Bonne semaine




petite chronique du lundi matin

Il est temps de revenir au calme de l’atelier et de remettre l’ouvrage sur le métier. D’autant qu’un gros chantier démarre aujourd’hui, celui du guide “S’installer à Saint-Nazaire” que m’ont commandé en janvier les éditions Héliopoles. La réunion de cadrage a lieu ce lundi, mais au préalable j’aurai eu le plaisir de faire découvrir la ville et le port à mes chers éditeurs, Christophe et Zoé, pour qui j’ai déjà réalisé “S’installer à Nantes”. C’est un travail délicat mais passionnant puisqu’il s’agit, en premier lieu, de faire sauter les clichés qui embrument l’image de Saint-Nazaire.

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Le front de mer, Saint-Nazaire. DR.

Dieu sait pourtant que cette ville, posée au bord de l’océan, face au soleil couchant, peut avoir du charme. Une des seules villes, sans doute, qui offre des HLM avec vue sur la mer. Mais bon, n’anticipons pas trop. Il s’agit, dans un premier temps de préciser le périmètre du travail. La Brière est-elle incluse, la presqu’île guérandaise ? Il ne faudra pourtant pas traîner puisque la copie doit être livrée au fil de l’eau avant mai, pour une sortie prévue en octobre.

Seconde contrainte de la semaine : trouver deux sujets pour Courriercab, la lettre d’infos sur les politiques publiques pour laquelle j’assure le suivi de la réforme territoriale. J’ai déjà un sujet sous le coude, aimablement suggéré par mon rédac chef, Jérôme : les associations nationales d’élus commencent à tousser face au calendrier prévu par la loi Notre : les regroupements intercommunaux doivent être décidés fin mars. Mais les choses ne se passent pas aussi bien et aussi vite que souhaité sur le terrain. Si vous avez des exemples de réussite ou d’échec dans votre région, n’hésitez pas à le me le signaler, par messagerie au besoin (adresse col de droite).

atlantide

Bouquinistes sur le parvis du Lieu Unique, Atlantide 2015. DR.

Enfin, troisième chantier ouvert : la lecture de quelques ouvrages d’Antionio Munoz Molina, un auteur Espagnol invité de la prochaine édition d‘Atlantide, le festival du livre de Nantes, qui aura lieu cette année en mars, à quelques jours du salon du livre de Paris. La librairie Vent d’Ouest m’a demandé d’animer une rencontre avec cet auteur, que je ne connaissais pas. Je viens de commencer l’un de ses bouquins “Le Vent de la lune”, pas mal. Mais il a une oeuvre colossale et je n’aurai pas le temps de tout lire d’ici mars. Si certain(e)s d’entre vous connaissent ou ont envie de s’y coller, je suis preneur. C’est une grosse pointure (prix des Asturies) et sans doute une belle découverte.

Voilà, voilà, autant dire que je vais lâcher la guerilla politique qui continue à faire rage dans le secteur sur l’épineuse question de l’aéroport. Et qui va, sans nul doute, se poursuivre ce lundi avec la venue d’Emmanuel Macron à… Saint-Nazaire.

Bonne semaine.