Gauche Cro-magnon

Smic à 1600€, retraite à soixante ans, hausse du pouvoir d’achat, blocage des prix, cantine gratuite… le tout demain. Et que ça saute ! 

Hum. Ce programme asséné à coup de massue, auquel sans doute pas un député de gauche ne croit une seconde (vu le rapport de forces un gouvernement avec un tel projet serait licencié dans le quart d’heure) peut légitimement interroger. Que cache cette escroquerie intellectuelle ? Parce qu’on semble dépasser là le niveau de démagogie habituel (nous excepterons l’extrême droite, championne du monde de la discipline). 

L’affaire est peut-être plus inquiétante. Nos bien-aimés élus semblent croire à ce qu’ils disent, à la prophéties auto-réalisatrice selon laquelle il suffit de piocher dans la poche des riches pour raser gratis demain. Comme s’ils avaient subitement oublié les leçons de l’Histoire, imaginant peut-être qu’on peut construire un mur pour empêcher le fric de filer à l’anglaise, comme l’a cruellement constaté Mitterrand en 1983. 

Qui plus est, distribuer de la monnaie de singe (l’augmentation des salaires implique mécaniquement l’augmentation des prix) a rarement résolu les problèmes de pauvreté, et engraisse aujourd’hui plus volontiers les industriels Coréens ou Chinois, virtuoses de la production des produits de consommation contemporains, que les acteurs économiques locaux.  

Cette gauche préhistorique qui occupe le terrain aujourd’hui (laquelle, précisons, a recueilli mon suffrage) avec son programme aux allures de tract des années soixante-dix, semble avoir raté un épisode. Et si la question était aujourd’hui ailleurs qu’une course effrénée au sacro-saint pouvoir d’achat. Si elle ne consistait pas plus simplement à rétablir des services publics de proximité, à investir dans l’éducation, à se préoccuper des déserts médicaux, à encourager la relocalisation des activités nourricières, à organiser une sobriété bien comprise (peu familier de la télé, je redécouvre estomaqué le bourrage de crâne publicitaire). A se pencher un peu sérieusement sur cette révolte des pavillons qui se jettent par dépit dans les bras du Ramassis National. 

Vivement l’homo sapiens.