Livres ouverts

Deux livres ouverts simultanément c’est l’habitude du tenancier. Un roman et un essai, histoire de varier les plaisirs, manière aussi d’épouser les moments, les humeurs de la journée. La fiction est dévolue aux lectures du soir, parfois à celles des petits matins paisibles quand la maison dort encore. L’essai est une lecture de journée, qui se séquence plus volontiers. De ce côté je suis toujours plongé dans la lecture De Quel Amour Blessée d’Alain Borer, qui se déguste à petites doses, page à page.

dalvaCette lenteur est sans doute due au fait qu’il arrive des périodes où l’on se laisse déborder  en ayant trois, quatre, cinq… dix livres sur le feu. C’est le cas en ce moment et cela traduit sans doute une certaine confusion de l’esprit. Mais comment renoncer à Léonard, à Marguerite de Navarre ou Jane Austen, qui sont inscrits dans des temporalités plus longues et qui trainent sur une table de nuit, un bureau ou une commode. Un problème se pose toutefois : à force de trimbaler les livres dans une grande maison, il arrive qu’ils égarent. C’est le cas du roman en cours de lecture : Dalva de Jim Harrison. Un excellent bouquin, avec lequel j’avais rendez-vous depuis des années, mais que je n’avais pas encore pris le temps de visiter. Cet imbécile a disparu en pleine action, alors qu’un chercheur alcoolique débute un travail sur les notes inédites d’un ancêtre ayant vécu parmi les Sioux. C’est délié, fantasque, érudit, intelligent…  Un vrai grand roman. Mais cet âne est introuvable. J’ai retourné deux ou trois fois la maison, sans succès. Peut-être se repose-t-il sous les coussins d’un fauteuil dans le coffre d’une voiture ou au fond d’un sac à dos. Mystère. C’est assez frustrant parce qu’il s’agit justement du genre de bouquin qui appelle une lecture d’une traite. Un film en quelque sorte dont on a envie de connaître la suite.

Par bonheur je n’aurai pas ce souci dans les semaines qui viennent. Il va falloir choisir le livre unique qui m’accompagnera au cours d’un séjour lointain. Les habitués de l’atelier connaissent mes manies : un seul livre pour voyager léger. Un ouvrage de la pléiade fait toujours l’affaire. Faute de moyens ce sera une relecture. Pour l’heure Borgès et le classique Chinois Pérégrination vers l’Ouest sont sur les rangs. Cioran ou Levi Strauss pourraient également s’inviter, avec l’avantage de n’avoir été lus que partiellement, mais le premier est un peu noir pour la route et le second un peu technique. A voir. Tout est ouvert. L’essentiel est que Dalva ressorte du bois dans l’intervalle, histoire de mettre un terme à cette impression d’inachevé qui prévaut quand un trop grand nombre de livres sont ouverts en même temps.

Léonard

Il est des tentations auxquelles on est heureux de ne pas avoir succombé quand elles se sont présentées. Celle par exemple de sortir d’une librairie lesté du somptueux ouvrage consacré à l’oeuvre de Leonard de Vinci par l’éditeur allemand Taschen. Probablement le plus complet à ce jour et surtout le plus magnifiquement illustré. L’une des singularités de cette édition est de placer sa focale au plus près de l’oeuvre, proposant des reproductions en pleine page de moult détails. Une idée géniale – mais on n’en demande pas moins pour un ouvrage sur Léonard – pour qui n’a pas l’occasion de musarder tous les matins dans les musées du monde,  couplée à un artifice technique très malin : l’emboitage se plie et pour se transformer, au besoin, en lutrin.

leonard

Il est des tentations auxquelles on est heureux de ne pas avoir succombé lorsqu’un ouvrage comme celui-ci s’invite comme par magie à votre table, qui plus est emballé dans un grande feuille cartonnée retraçant l’histoire de l’imprimerie. Exonéré de toute culpabilité, l’objet sort du champ de l’échange marchand pour devenir une pure promesse de plaisir à venir. Il n’est pas question ici de faire l’article sur Léonard, qui n’a besoin de personne pour exister, pas même sur cette édition, qu’il va maintenant falloir explorer, mais simplement de dire qu’en ces temps de frénésie, le simple fait de savoir que l’on peut à tout moment traverser le temps pour commercer avec un pareil personnage est une perspective délicieuse.

Une cocotte en fonte et l’oeuvre de Léonard à portée de main, finalement il est des privilèges discrets que l’âge apporte sans faire de bruit mais avec un heureux discernement.

Un cauchemar contemporain

par Thierry Guidet *

Tout commence le 11 février 2015. Un peu avant 9 h, Yoann Barbereau, le directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk (Sibérie) est brutalement arrêté à son domicile par une dizaine d’hommes, en présence de son épouse ainsi que de la fille du couple, âgée de 5 ans. Certains des hommes ont le visage masqué, aucun ne porte d’uniforme. Yoann Barbereau est menotté, son visage est recouvert d’une cagoule. Il est transporté dans un endroit tenu secret. On le frappe, on l’insulte. Dans le même temps, le domicile du couple est perquisitionné.

yoann

 

Yoann Barbereau est né en 1978 à Nantes. Après de brillantes études de philosophie, il dispense des enseignements à Polytechnique et à Sciences-Po Paris. Sa passion pour la Russie, le pays dont son épouse est originaire, l’a conduit à Irkoutsk où il a efficacement œuvré à mieux faire connaître la langue et la culture françaises.

 

Yoann Barbereau est finalement conduit vers 12 h dans un commissariat. Il apprend qu’on lui reproche d’avoir mis en ligne, sur un site dédié aux jeunes parents trois photos intimes de lui-même et de son épouse ainsi qu’un selfie pris au sortir de la douche où lui-même et sa fille apparaissent nus. 
 Ces photos personnelles lui ont été volées. Leur mise en ligne relève du piratage de données informatiques. Yoann Barbereau pourrait déposer une plainte, cependant c’est lui que les enquêteurs accusent, contre toute logique. Comment imaginer qu’une personnalité en vue comme Yoann Barbereau se livre à un acte aussi absurde ? En outre, il a pu prouver qu’il était absent au moment où il est censé avoir mis en ligne ces images.

12-02-16 au soir fin garde à vue (2)Le lendemain, la fillette du couple Héloïse est à son tour interrogée. « Si tu veux revoir ton papa, réponds “oui” ». L’enfant finit par acquiescer aux policiers qui suggèrent des attouchements sexuels du père sur la petite fille.  Dès la sortie du commissariat, l’enfant explique à sa mère avoir eu la tête « embrouillée » et revient sur ses déclarations. Yoann Barbereau n’a d’ailleurs jamais été interrogé à ce sujet. Il est jeté en prison pendant 71 jours puis séjourne deux semaines en hôpital psychiatrique. Depuis, il est assigné à résidence, muni d’un bracelet électronique. En octobre 2015, la juge chargée de l’affaire ordonne sa mise en liberté. Elle est aussitôt blâmée, dessaisie du dossier tandis que le président du tribunal est muté. On se perd en conjectures sur les raisons de cet acharnement.

Agent du ministère des Affaires étrangères, Yoann Barbereau est pleinement soutenu par son administration, totalement convaincue de son innocence. L’ambassadeur de France à Moscou Jean-Maurice Ripert est fréquemment intervenu auprès des autorités russes. Ces dernières semaines, Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, a évoqué la question à plusieurs reprises en tête-à-tête avec son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Mais les espoirs d’une solution diplomatique sont aujourd’hui déçus. Le procès de Yoann Barbereau s’ouvre. Il encourt vingt ans de prison. C’est pourquoi la famille et le comité de soutien ont résolu de rompre le silence qu’ils s’étaient imposés. Ils ont décidé d’alerter l’opinion et les médias français et russes.

En pratique

* Thierry Guidet, journaliste et écrivain, fondateur de la revue Place Publique, est le président du comité de soutien de Yoann Barbereau.

 

Pour l’amour de la langue française

par Pascale Martello

Dire, ce n’est pas mettre un mot sous chaque pensée, ou comment une négation grammaticale est, pour moi, une conviction fondatrice. Métaphysique et ontologique, osons ces mots qui renvoient au-delà du réel immédiat, et de l’opinion communément partagée. Il faut revenir à Merleau-Ponty* pour l’essentiel : nous croyons naïvement –avant réflexion- qu’une langue (généralement notre langue natale) est parvenue à capter dans ses formes les choses mêmes. Et qu’il n’y a pas plus juste…. ajustage de la chose au mot que le mot lui-même. Ainsi, passer d’un mot à un autre équivaudrait à changer d’étiquette devant un objet, puisque le monde est toujours déjà-là et que nous l’habillons de nos mots. Ce qui est faux.

de quelCertes, nous évoluons dans un monde déjà parlé et parlant, puisant dans un réservoir disponible, les moyens de parvenir à nos fins. Vision mécaniste et utilitariste du langage, qui convient à un usage limité et limitant dont nous n’avons pas conscience le moins du monde dans la vie de tous les jours. Mais, même dans ce cas, nous devrions nous émerveiller à tout moment de pouvoir choisir parfum, fragrance, arôme, effluves, fumet, saveur, remugle… pour dire une odeur plutôt qu’une autre. Le vocabulaire, le lexique, les dictionnaires sont, à cet égard, de formidables outils.
Mais supposons un instant que, par ignorance, paresse ou suffisance, nous n’utilisions jamais ces ressources magistrales… Pire, supposons que le glissement de ce capital linguistique dans un autre, et à terme son remplacement, paraisse d’autant plus légitime qu’il n’est ni remis en cause, ni interrogé, ni corrigé, ni fustigé. Nous serions alors dans une soumission qui, non seulement ne dirait pas son nom, mais serait indolore, voire « exotiquement » admissible. Les amoureux (De quel amour blessée….**) de la langue française en général, les lecteurs et auditeurs d’Alain Borer, en particulier, ont une conscience si aiguë, au contraire, que ce n’est ni acceptable, ni supportable, ni vivable, qu’ils en souffrent sans espoir de rémission.

Cet usage du conditionnel est une faute : nous sommes bel et bien dans cet état de servitude volontaire à l’égard de la domination par la langue du maître, l’anglais, pire, l’anglobal. C’est la thèse que soutient Alain Borer dans son livre, paru il y a deux ans déjà, mais c’est moi qui choisis de reprendre l’expression de La Boétie pour exprimer ce que cette analyse majeure a de politique, au sens le plus fort de ce terme. « L’accoutumance à l’oppression »*** est toujours un succès si l’on use d’au moins deux critères conjoints : flatter le dominé et/pour mieux l’accoutumer. C’est par l’intériorisation de la contrainte que se fait toute servitude volontaire, c’est précisément ce que la capitulation généralisée devant l’usage de l’anglobal réalise brillamment -osons cet oxymore du raisonnement- avec des conséquences irréversibles : métaplasmes et abruptions. Anacribie (celui-là je le fabrique en partie). Il y a toujours quelque chose d’irrationnel dans l’adhésion par flatterie. La Fontaine le dit en vers et en fable, le corbeau a cédé au renard ! L’usage de « coach » en lieu et place d’entraîneur, « casting » pour distribution, « dressing » pour vestiaire, flatteur ? oui ! cela procède d’une illusion savante, du pseudo-positionnement, du parti-pris de modernisme. Et ça marche !

C’est l’une des grandes forces du livre. Dénoncer loin de la polémique, (qui convient à quelque article de presse, il y en a de fort bien tournés sur la question) et analyser, apporter ses preuves, prendre l’angle de l’histoire et de la philologie, manier comme personne les exemples littéraires, et porter l’amour des textes comme d’aucuns portent l’amour de la nature, comme une évidence. Aussi, Alain Borer parle à l’envie du projet de la langue française, constitutif de son essence et de son existence. Pro-jeter. Jeter devant soi. Ce que quelque chose dit de soi qu’il tient en lui. Et pour le dire, le montrer, il faut l’ex-poser, s’en saisir. Aussi Alain Borer ne cède jamais à la facilité de répondre aux récriminations et accusations qui font florès dans les faux et insupportables débats sur les soi-disant positions réactionnaires des acribiens, toujours suspects de préférer la pureté au métissage, ou la plume d’oie à l’ordinateur, un carnet de notes à twitter. Alain Borer est au-dessus de cela, sans le moindre orgueil, avec la légèreté du papillon qui, si frêle pourtant, échappe à la pesanteur. Eloge de l’aglais ladakensis.

Il m’a fallu quelques secondes à peine pour décider de ne pas reprendre le livre à la manière d’un compte rendu, d’une synthèse. Plus longue fut la rumination qui finit par poser ses mots ici même. Démonstration s’il en fallait de la dimension heuristique de la langue française, qui trouve en disant ce qu’elle voulait dire. Alain Borer développe. Il faut y aller voir. Et comprendre aussi ce qu’il appelle le vidimus. Trouvaille majeure pour ramasser en un seul terme la capacité unique d’en passer par l’écriture pour vérifier la parole. Allez voir ! Hommage appuyé, poétique et savant à l’usage du « e » muet. Explications de ce qu’est le genre en grammaire, et la nécessité de la double négation. Audacieuse mise au pilori de la mal-diction. Attention il touche à l’icône (Coluche !). Critique acerbe de l’usage du seul anglais comme langue de travail, en Europe et en France, dans la plus grande indifférence, et par soumission à un pouvoir ignorant et soumis lui-même….Lisez-le ! Sans oublier les oubliés, dont la liste obituaire fait aux yeux venir les larmes…. Le Sylvain des spirées ou la Vanesse des pariétaires ne sont plus. Et le latin, le latin vous dis-je… (Molière) pour mieux parler français, soigner les racines pour faire pousser les plantes.
Enfin, et là je cours, je cours…

Cheminer et même musarder à chaque page, chaque paragraphe, en compagnie amoureuse, Ponge, Barthes, Rémy de Gourmont (ah ! je vais m’empresser de le relire), Marguerite de Navarre, Théodore de Bèze, Henri Estienne, Du Bellay… Et je n’ai pas dit le quart de la moitié de ce qu’il fallait dire. Peut-être qu’on est touché par un livre, une musique, une œuvre d’art, quand ce qu’on en dit n’excède pas ce qu’il dit lui-même. Il me semble soudain, que beaucoup pensent le contraire.

[Je termine en disant aux grincheux qu’Alain Borer, enseignant aux Etats-Unis, ne peut être suspecté de refuser de « s’ouvrir aux autres » expression on ne peut plus ridicule….]
*Merleau-Ponty : Signes, chap I et II
**Alain Borer : De quel amour blessée, Gallimard
*** Claude Lefort dans une étude sur La Boétie

Pour saluer Marco

Un grand monsieur vient de disparaitre. L’un des hommes politiques le plus fantasques et les plus créatifs que l’Europe ait connu depuis la seconde guerre mondiale. Marco Pannella, dirigeant historique du Partito Radicale, ce parti transnational “libéral et libertaire”, défenseur de tous les droits humain, était un aristocrate de la politique, inclassable, généreux, imprévisible, profondément attaché à la lutte non-violente.

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Marco Pannella et le Dalaï Lama DR

Admirateur de Gandhi, Il a surtout marqué les esprits par ses jeûnes à répétition, qu’il n’hésitait pas à poursuive jusqu’à la limite extrême de ses forces, pour obtenir un engagement de l’Europe contre la faim et la malnutrition ou, plus récemment, pour alerter l’opinion sur la condition des détenus en Italie. Homme de culture, proche de Leonard Sciascia comme de Pier-Paolo Pasolini, Marco, docteur en droit, parlait un français parfait.

La Cicciolina

La Cicciolina, députée Radicale

Politiquement, il était allergique à tout dogmatisme. Je me souviens des cris d’orfraie poussés par les militants de gauche lorsqu’il s’était rendu à un congrès du MSI, le parti d’extrême-droite Italien. Marco parlait à tout le monde, considérait que chaque être humain, quel qu’il soit, avait droit à la considération, ce qui ne l’empêchait pas de dire ce qu’il pensait, de mener des luttes épiques pour le droit au divorce, à l’avortement ou la légalisation des drogues douces. Il croyait en la liberté et en la responsabilité de chacun.

Marco déployait des trésors d’imagination pour faire valoir son point de vue, allant  jusqu’à faire élire une actrice de films porno à la Camera dei Deputati en 1987, une provocation dont il s’amusait beaucoup. Cette sulfureuse biographie politique n’a pas empêché le pape François de se préoccuper de sa santé ces derniers jours. Marco était un homme aimé des Italiens pour sa générosité et son franc-parler.

J’ai eu la chance de travailler avec lui au début des années quatre-vingt. A Bruxelles, à Strasbourg et surtout à Rome. A Strasbourg il s’agissait de rendre public un débat sur la faim et la malnutrition, que l’Assemblée européenne avait décidé de conduire à huis clos. Il voulait que ce débat soit rendu public. Nous avons donc monté une opération clandestine, installant un émetteur HF dans son bureau, où les débats étaient retransmis, discrètement loué une grosse sono, que nous avions prévu d’installer devant le parlement, dans le périmètre bénéficiant du statut d’extra-territorialité, négocié la retransmission des débats avec une radio strasbourgeoise et préparé une manifestation pacifique sur le parvis. L’affaire a malheureusement fuité et un cordon de CRS entourait le parlement le jour J  lorsque nous avons voulu installer la sono. J’étais désespéré, mais lui riait. Son pari était gagné, nous avions attiré l’attention sur ce débat.

C’était Marco.

 

Champagne !

par Pascale Martello

Deux hommes aiment la même femme. C’est un vaudeville. Dans les années 30. Ça swingue. C’est un Woody Allen.

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La presse en parle abondamment, les spectateurs en sortent ravis, légers, enthousiastes, gais, réjouis, heureux, satisfaits de tenir là un « bon Woody Allen », pour lequel, étonnamment, la mesure de la satisfaction est…. Woody Allen himself ! Je ne vais pas faire de fausse note, et côté notes, on est servi. Jazz et jazz. Pas un instant de pause, et du meilleur dans le genre, ce qui fait écrire à certains –il faut bien trouver quelque chose à redire, et faire son spécialiste- que ce jazz est « un peu suranné ». Franchement, il faut alors décliner l’adjectif, qui n’est pas un défaut, à l’opus tout entier, les tenues –ah ! les complets-vestons masculins, souples, amples et de belle facture et les smokings impeccables ; les coiffures féminines chapeautées et plumetées comme jamais, pour ne rien dire des toilettes et des bijoux ; les intérieurs mais les piscines et les cocktails, les envolées d’escalier, les marbres mais les lustres, mais les cigares, et le champagne, le champagne, le champagne. Pipers-Heidsieck comme de la limonade. Rares sont les plans où il n’est pas, (si ! chez les parents new-yorkais) et même à Central Park au bout de la nuit, en bordure d’aurore brumeuse illuminée de l’intérieur par le jour naissant. Mais comment font-ils ?
Je m’applique à ne pas raconter. Tous les papiers de presse l’ont fait. Qui optant pour le contraste entre la vie californienne et la new-yorkaise, qui pour l’intrigue et la cruauté des sentiments emballée dans du papier de soie, qui pour le très réussi (mais pour certains, « des cordes déjà usées » –normal, c’est Woody !) tableau de la famille juive, dont les parents confondent bon sens, formules toutes faites, formules tout court et traits d’humour noir, avec une métaphysique du désespoir. Un moment jubilatoire : le vieux couple juif, un peu cradingue, qui s’envoie des répliques au-dessus de l’édredon sur les bienfaits comparés des dogmes chrétien et juif à propos de la vie après la mort….déclinaison sur le rien. Hilarant.
Jessy Eisenberg est émouvant, fragile comme un Woody, imperceptiblement voûté, timide, souriant et paumé comme lui. Du grand art. Mais c’est voulu. Le « mais » est de trop… Il y a un mimétisme rétrospectif très très réussi. Insensible et pourtant bien là, surtout au début, me semble-t-il. Le Bobby, patron du Café Society de la fin est plus flamboyant, mais c’est de la triche…. Vonnie (Kristen Steward) est inoubliable. La petite secrétaire qui cachait bien son jeu dans ses tenues affriolantes d’adolescente attardée. L’épouse de l’homme fort, riche et puissant. Son visage lumineux, gracieux, mystérieux, auquel les magnifiques éclairages de Vittorio Storaro rendent un hommage de tous les instants, avec quelques gros plans dignes de ce cinéma des années trente dont les noms célèbres et célébrés résonnent en cascade depuis la première seconde, le premier plan, et qui font, à mon sens, un personnage à eux seuls, le jazz avec. La nostalgie est froufroutante, les clins d’œil permanents, les évocations subtiles, tous les topoi, dirait-on en littérature, sont là : New-York. Hollywood. Etre Juif. Etre amoureux. Etre maffieux. Avoir peur de mourir. Rire même quand c’est un peu triste. L’intello marxiste même pas crypto, de service. Moment pétillant, joyeux, romantico-chamallow un peu… Ne boudons pas notre plaisir.
Quand, dans quelques jours bientôt, l’esprit Festival de Cannes sera retombé, on risque d’oublier l’effet de miroir qu’a pu avoir Café Society en film d’ouverture. Bien vu –quelle expression ici !- pour la programmation en abyme. Je veux bien croire que la nostalgie aide la beauté, et les souvenirs l’élégance, mais une chose est sûre, la mise, la classe, l’allure ne sont plus ce qu’elles étaient.
[juste une minuscule et très personnelle frustration, pour l’inconditionnelle de Cinéma Paradiso que je suis, les trop rares inscriptions d’extraits de films d’époque, en noir et blanc, dans cette harmonie de couleurs mordorées et douces.]

Entre le zen et le jazz

par Pascale Martello

On n’a pas toujours envie de lire Maupassant ou Gide. On a tort. Et j’en connais qui s’y collent avec délectation. Mais ce n’est pas le sujet. Michelet, Chateaubriand, ou Proust. On a tort aussi. Mais pas de la même façon. Parce qu’on ne peut pas, croit-on, attaquer des sommets abrupts à mains nues. C’est un peu vrai, mais c’est aussi très faux. Et  ce n’est toujours pas le sujet.

Alors  quel est l’objet ?

Deux petites choses que j’ai aimées. Sans effort. C’est peut-être ma faute et mon excuse pour avoir sacrifié, une fois de plus, une fois de trop,  à ma procrastination native. Et de retarder l’ouverture et réouverture, de quelques monuments- les déclasser dans la pile-  au profit  de deux petits plaisirs coupables dont j’ignorais tout avant de les pratiquer. Je veux dire par là que je n’ai lu aucun des deux par incitation d’un tiers.

D’Hubert Haddad, il y a quelque temps déjà, j’ai aimé Le peintre d’éventail1, et je ne suis pas la eventailseule, je crois bien. Je bats ma coulpe d’avoir ignoré l’immense œuvre de cet écrivain dont j’ai maintenant en attente La Condition magique2, et dont j’ai délaissé une nuit de grande fatigue Géométrie d’un rêve3. Ce que je regrette. Et que je vais réparer. Mais cette géométrie est, c’est logique, bien plus abstraite. Il y a sûrement des moments pour lire mieux, pour mieux accueillir tel ou tel texte. Pourtant Haddad est irréprochable en écriture, ce qui est un critère non négociable comme on dit maintenant. La formule a du bon. Aussi, c’est bien Le peintre d’éventail qui m’a enchantée. Ça commence comme une douceur qui ne consentirait  jamais à la langueur. La langueur c’est le temps qui s’ennuie dans un vide de tout. Non, la touche est légère comme l’aile du papillon, celle que le peintre dépose sur l’éventail en l’effleurant. Il n’y a pas d’ennui. Le regard est même vif sur les paysages immarcescibles, et la phrase ajustée à l’image : De si près, forme de cendres blanches, l’œil en flammèche errante, le vieil homme semblait à la limite de l’extinction.

Si on a oublié que l’étymologie de catastrophe  emmène précisément au cœur et au chœur de la tragédie grecque, dont c’est le dénouement, on sait bien, en revanche, qu’il y a dans ce mot tout ce qu’il faut pour  dire la survenue de l’horreur. Le mot juste c’est cataclysme. Cette catastrophe est un cataclysme. Au sens premier, précis,  strict, et au sens général et commun. Quelle force obstinée vous restitue au monde, après l’apocalypse ? Haddad nous mettra exactement parlant, quand le temps sera venu, et sans crier gare, au centre des éléments, dans leur violence, il nous roulera et nous entraînera avec et en eux. Que restera-t-il de la douceur plus haut saluée dans ce déferlement des mots pour dire l’inexorable chaos de la nature, des choses et des humains ? une infinie tristesse. C’est l’autre visage de la douceur.

en-attendant-bojanglesBojantles, c’est Nina Simone. Il y a pire comme marraine ! Les éditions Finitude lui ont offert une couverture très chouette -un peu BD-  à ce titre quasi imprononçable En attendant Bojangles4. Là, on change de registre. C’est léger comme un moment d’insouciance, une histoire qui ne peut pas exister telle qu’elle est narrée,  mais dont on aurait tellement aimé qu’elle ait été un peu la nôtre, juste un peu. Du moins au début. Ma mère vouvoyait également la demoiselle de Numidie, cet oiseau élégant et étonnant qui vivait dans notre appartement, et promenait en ondulant son long cou noir, ses houppettes blanches et ses yeux rouge violent, depuis que mes parents l’avaient ramenée d’un voyage je ne sais où, de leur vie d’avant. Eh bien moi, je trouve ça épatant. Et gonflé. C’est une histoire que raconte le jeune fils, c’est celle de ses parents et lui. Totalement déjantés. Très amoureux les parents. Imprévisibles. Jazz à tous les étages. Récit entrecoupé de longs extraits du Journal du père, autre style,  plus sage, plus appliqué, mélancolico-nostalgique, petite musique classique en mineur, tonalité qui reste finalement quand on a refermé le livre, comme un parfum au vieux bois de rose qui fait traîne derrière celle qui le porte…. Ça se lit vite. On sait maintenant que l’auteur Olivier Bourdeaut écrit là son premier roman. Qu’il a trouvé un ton (un double ton d’ailleurs) aux réminiscences discrètes. Il y a du Vian là-dedans. Une très très légère pincée de Queneau. Il y a même, sûrement en raison de cela, de rares lecteurs que la belle et finalement triste histoire n’a pas su trouver, ou les mots, ou le double registre, ou le côté « c’est pas pour de vrai ». Trop de peu ? trop d’évanescence ? trop de légèreté ? trop de trouvailles ? pas assez de sérieux ? Je ne sais, mais je salue, bien au contraire, cet excès d’apesanteur, ce glissement en bordure de conte, cet équilibre à mon sens réussi, comme un pas de deux accompli, de la tragi-comédie humaine. Car, tout ne restera pas si féérique dans ce triple destin qui, décidément, autrement que dans le précédent roman, mais pas tant que cela, va s’engloutir dans l’inexorable fatalité de ce que personne ne pouvait prévoir.

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1 Hubert Haddad, Le peintre d’éventail, Gallimard, Folio.

2 Hubert Haddad, La condition magique, Zulma

3 Hubbert Hadda, Géométrie d’un rêve, Le livre de Poche

4 Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, éd. Finitude

 

Jorge Luis Borges : l’électricité des mots

Les cahiers de l’Herne ont eu l’excellente idée de réimprimer le numéro consacré à Jorge Luis Borges, épuisé depuis un demi-siècle (1964). Une somme de témoignages, de regards croisés, qui nous permet de faire connaissance avec le Borges intime, notamment sous la plume de ses meilleurs amis. Impossible évidemment de résumer en une courte note la richesse de cet ouvrage de 464 pages. Pour les lecteurs qui n’auraient pas encore eu la chance de fréquenter cet auteur vertigineux, voici quelques extraits d’un jeu auquel lui a demandé de se livrer l’une de ses connaissances, Carlos Peralta en commentant, au débotté quelques mots choisis. L’entretien, titré « l’électricité des mots » se déroule à l’hôtel Cervantes de Buenos Aires. Borges s’y prête volontiers, amusé.

borges

INDIVIDU : Je me souviens du traité de Spencer, le philosophe anglais. Spencer pensait l’individualisme à un tel extrême qu’il s’opposait à la monnaie officielle et considérait que chaque personne devait frapper sa propre monnaie. Il rejetait également les armées des Etats, et pensait, sans doute, que les armées appartenant à de petites compagnies privées étaient ce qu’il y avait de mieux. Qu’aurait-il pensé en voyant l’Angleterre nationaliser les chemins de fer ! Peut-être que les compagnies nationalisées deviennent lentes et coûteuses, comme cela s’est produit aussi en Argentine. Je me souviens que mon père se définissait politiquement comme un anarchiste individualiste. Et je crois que moi aussi je me définis comme un anarchiste individualiste.

DIEU : Je dirais que l’idée de Dieu, d’un être sage, tout-puissant, et qui, de plus, nous aime, est une des créations les plus hardies de la littérature fantastique. Je préférerais, malgré tout, que l’idée de Dieu appartint à la littérature réaliste.

FEMMES : Avec une certaine tristesse, je découvre que toute ma vie je l’ai passée à penser à une femme ou à une autre. J’ai cru voir des pays, des villes, mais il y a toujours quelque femme pour faire écran entre les objets et moi. Il est possible que j’eusse aimé qu’il n’en fut pas ainsi : j’aurais préféré me consacrer entièrement à la jouissance de la métaphysique, ou de la linguistique ou à tout autre matière.

MORT : La pensée de la mort, je la recherche pour me consoler des difficultés et des choses fâcheuses. Devant n’importe quel malheur, je pense que j’ai encore à vivre une expérience complètement neuve. Je crois qu’on devrait se sentir excité devant une telle chose, le passage à quelque chose de fondamentalement distinct, à quelque chose qui – à moi du moins – ne m’est jamais arrivé. Non pas pour les châtiments ou les récompenses – ce serait puéril – : parce que s’ouvre une vie nouvelle, ou qu’il n’y a rien, et cela aussi, ce serait nouveau.

CELEBRITE : Pour le peu que j’en connais, c’est une incommodité. L’homme célèbre ne se reconnait pas tout à fait en celui que voient les autres. Cela n’améliore personne. Bien sûr, l’obscurité aussi doit être incommode, et aussi la célébrité ne peut être enviable que pour qui ne l’a pas encore eue.

TEMPS : J’ai pensé ou écrit tellement sur le temps… Mais je vais vous raconter une anecdote : un philosophe argentin et moi, nous conversions au sujet du temps, et le philosophe dit : « Dans ce domaine, on a fait de gros progrès ces dernières années. » et moi j’ai pensé que si je lui avais posé une question sur l’espace, sûr qu’il me répondait : « Dans ce domaine, on fait de gros progrès ces derniers cent mètres. »
Vous vous rendez compte : alors on attend jusqu’à la fin du mois, voilà qu’on sait tout sur le temps…

NB : ce billet a été publié une première fois en mai 2014.

Le goût des autres (éloge de la cocotte en fonte)

Un bel exemple des effets délétères de notre perte progressive de culture technique au profit de produits prêts à l’emploi, est notre dépendance grandissante à l’alimentation industrielle. On le mesure régulièrement en consultant les étiquettes des emballages de plats préparés. On s’en scandalise rituellement en lisant les enquêtes de magazines à grand tirage qui détaillent les horreurs parvenant dans nos assiettes.

Mais comment faire ? Peut-être en réinventant l’eau tiède tout simplement. Je viens, pour ma part, d’adopter une solution qui ne cesse de m’épater : la cocotte en fonte de grand-maman. Certes c’est un investissement important (une véritable cocotte made in France coûte autour de 250€), mais un investissement durable comme on dit maintenant et surtout un outil magique pour préparer d’authentiques petits plats avec des produits simples et peu chers.

1332356-staub-cocotte-round-aLa technique est d’une simplicité biblique : il suffit de laisser mijoter tranquillement une préparation sommaire à feu doux, de sorte que viandes et légumes s’imprègnent lentement du goût des autres, des herbes et des épices que l’on a pris soin d’ajouter à la composition. Avantage notable : cette technique permet de mettre en valeur des légumes basiques, non cuisinés et des viandes peu courues et donc peu chères. Inconvénient majeur : une préparation très en amont du repas, qui demande une disponibilité que tout le monde n’a pas. L’alibi du temps proprement dit n’en est pas un puisque vingt minutes suffisent pour réaliser une préparation courante.

Rassurez-vous, votre serviteur n’a aucune prétention, mais vraiment aucune, en matière de cuisine. Pour l’heure il se contente de tester différentes formules, du petit salé aux lentilles à la jardinière de légumes aux pois cassés (achetés secs c’est l’avantage). Mais il a, pour la première fois, l’impression de disposer d’un outil simple, docile et intelligent, qui ne brusque pas les aliments mais leur donne l’occasion de s’exprimer. Une vraie découverte.

Enfin, n’exagérons pas. Tout le monde a une mère ou une grand-mère qui a l’intelligence pratique d’utiliser les bons outils au bon moment. Et de réussir des préparations divines, l’air de rien, avec quelques légumes qui traînent au frigo.  Il suffit d’observer et de retrouver ce plaisir créatif qui consiste à laisser vagabonder son imagination au moment de choisir les ingrédients ou de faire marcher son intuition en goûtant la préparation.

A ce propos, le tenancier est preneur d’idées simples pour élargir sa palette de possibilités qui épatent jusqu’aux ados, pourtant d’ordinaires assez bégueules et peu aventuriers en matière de préparations culinaires.

des Travaux Publics

L’une des découvertes étonnantes faites à Zanzibar lors d’un séjour africain au début des années quatre-vingt-dix*, aura été de croiser des équipes d’EDF qui modernisaient le réseau électrique de Zanzibar Town (lequel, entre nous, en avait bien besoin). Quelques années plus tard une surprise comparable m’attendait à Oulan-Bator, en Mongolie**. France Télécom déployait le réseau téléphonique mongol. On pourrait ainsi, sans difficulté, décliner les exemples de grands travaux, notamment en matière d’adduction d’eau ou d’ouvrages d’art, effectuées par des entreprises françaises en Asie ou en Amérique Latine.

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Le viaduc de Millau. dr.

La France semble ignorer qu’elle possède, en matière d’ingeniérie et de travaux publics quelques-unes des maisons les plus efficaces et les plus courues de la planète. Il est de meilleur ton de brocarder ces entreprises capitalistes qui prospèrent sur la misère du monde. Ce n’est, il vrai, pas très difficile depuis un pays où la lumière s’allume quand on appuie sur un bouton, où l’eau potable coule quand on ouvre le robinet. Qu’on s’entende bien, il n’est pas question ici de nier l’opacité des rapports entre les grands groupes de BTP et certains Etats. Non plus que la voracité avérée de leurs actionnaires.

Mais peu de gens semblent faire la part entre la gouvernance de ces entreprises et les prouesses que réalisent techniciens, ingénieurs et ouvriers du BTP. Combien d’entre nous ont une réelle conscience des contraintes qu’impliquent l’alimentation d’une ville en flux de toutes natures : l’eau, le gaz, l’électricité, le téléphone, les liaisons à haut débit, le chauffage urbain, l’évacuation des eaux usées, et j’en passe certainement. Il faut peut-être avoir vu la chorégraphie de pelleteuses imaginée par François Delarozière à La Roche-sur-Yon pour mesurer l’habileté, l’intelligence, la créativité de ces sculpteurs du sol et pour prendre conscience de l’imbécillité de la caricature qui les renvoie au statut de sales bétonneurs.

Le discours dominant est aujourd’hui d’affirmer que nous avons changé de paradigme, que le temps des grands aménagements est terminé. C’est méconnaître fondamentalement le fait que l’aménagement est une matière vivante, qui nécessite en permanence des interventions, des améliorations, des adaptations aux contraintes nouvelles. Les économies d’énergie en sont une. Mais aussi l’économie de l’espace. Ce qui est, par exemple, le cas pour Notre-Dame-des-Landes. A l’échelle de l’agglomération c’est 17 000 ha de ceinture verte gagnés, une densification de l’espace urbain programmée pour économiser les centaines d’hectares grignotés chaque année par l’étalement urbain, qui éviterait des tuyaux à l’infini.

réseaux sous-terrains

photo : pompiers de Paris

Mais certains préfèrent en rester à la logique de l’écologie préhistorique, celle des petites fleurs et des petits oiseaux. Celle du « Not in my backyard » Et ne pas regarder plus loin que le bout leur nez. Sauf que cette écologie-là est condamnée, elle doit se réinventer, penser planétaire. Comment fait-on pour assurer l’approvisionnement en eau en électricité de la moitié du globe ? Pour construire des routes décentes, des moyens de transport adaptés. La solution n’est vraisemblablement pas dans les cabanes en bois, même si cela part d’un bon sentiment

Vinci, en ce moment même, construit plusieurs aéroports en Chine, qui seront fréquentés par les Airbus fabriqués à Nantes et Saint-Nazaire. NDDL n’est qu’un équipement de province pour ce groupe. Pas même un enjeu. Les vraies questions sont ailleurs. Ce sont celles de l’urbanisation (plus de la moitié de la planète vit désormais en ville) de la rationalisation de ses équipements, de la complémentarité entre ses modes de transport. Questions qui ne se résolvent évidemment pas en empêchant une région périphérique de penser l’aménagement de son espace.

Pendant ce temps les campagnols rigolent. Vénérés en Loire-Atlantique, ils sont pourchassés en Auvergne comme d’odieux prédateurs, destructeurs de cultures. On vit décidément une époque formidable

*L’homme blanc, Joca Seria, 2007, **Derrière la montagne, Joca Seria 1999, voir biblio sous la vignette “l’auteur”.