Gaston, la pensée sauvage

Peut-on poser une grille de lecture philosophique sur une oeuvre de bande dessinée ? Philosophie Magazine semble le croire et le démontre avec un certain brio dans son dernier hors série consacré à Gaston.

“Un homme bienveillant qui veut améliorer le monde est foncièrement dangereux” commence par affirmer Clément Rosset au début de ce recueil de regards croisés. Histoire de mettre en lumière le fait que Gaston “le disruptif” comme il sera qualifié un peu plus loin, cet écolo avant l’heure, ce bricoleur de génie, pose des questions  fondamentales.

Parmi ces questions, il en est une fort habilement traitée par Martin Legros : le rapport entre bricolage et pensée. L’auteur note que, cinq ans après la naissance de Gaston, en 1962 précisément, Claude Lévi-Strauss publie La pensée sauvage, ouvrage au fil duquel il se penche sur la pensée mythologique, propre aux sociétés dites “primitives”, où les mythes sont en permanence réélaborés au gré des évènements qui se présentent, alors que dans la pensée scientifique et technique occidentale, il s’agit d’anticiper l’avenir par une suite d’hypothèses et de théories. “A la différence de l’ingénieur, le bricoleur ne subordonne pas chacune de ses tâches nà l’obtention de matières premières et d’outils, conçus et procurés à la mesure de son projet; son univers instrumental est clos et sa règle du jeu est de toujours s’arranger avec les moyens du bord” relève Levi-Strauss.

Le faiseur de mythes et l’adepte de Leroy Merlin auraient-ils donc un mode de pensée similaire ?” s’interroge, facétieux, Legros.  La réponse est donnée par Lévi-Strauss, toujours dans La pensée sauvage : “Regardons le bricoleur à l’oeuvre. Excité par son projet, sa première démarche pratique est pourtant rétrospective : il doit se retourner vers un ensemble déjà constitué, formé d’outils et de matériaux; en faire ou en refaire l’inventaire; enfin et surtout engager une sorte de dialogue, pour répertorier avant de choisir entre elles les réponses possibles que l’ensemble peut offrir au problème qu’il lui pose.”

L’anthropologue précise, en outre, que le bricolage se distingue de la technologie par sa poésie. “Il parle non seulement avec les choses, mais au moyen des choses, racontant par les choix qu’il opère entre des possibles limités, le caractère et la vie de son auteur.” Et Legros de conclure : “Gaston et Lévi-Strauss, chacun à sa manière, ont élevé la pratique du bricolage au rang d’un art. Mieux d’un véritable mode de pensée.”

Illustrations : Philomag ; Gaston, Franquin, éditions Dupuis.

le français : une altération composée

Trois caractères distinguent nettement le français des autres langues occidentales : le français bien parlé ne chante presque pas. C’est un discours de registre peu étendu, une parole plus plane que les autres. Ensuite : les consonnes françaises sont remarquablement adoucies, pas de figures rudes ou gutturales. Nulle consonne française n’est impossible à prononcer pour un Européen. Enfin, les voyelles françaises sont nombreuses et très nuancées, forment une rare et précieuse collection de timbres délicats. (…)

Si la langue française est comme tempérée dans sa tonalité générale; si bien parler le français c’est le parler sans accent; si les phonèmes rudes ou trop marqués en sont proscrits, ou en furent peu à peu éliminés; si, d’autre part, les timbres y sont nombreux et complexes, les muettes si sensibles, je n’en puis voir d’autre cause que le mode de formation et la complexité de l’alliage de la nation.

Dans un pays ou les Celtes, les Latins, les Germains, ont accompli une fusion très intime, où l’on parle encore, où l’on écrit à côté de la langue dominante une quantité de langages divers, il s’est fait nécessairement une unité linguistique parallèle à l’unité politique et à l’unité de sentiment. Cette unité ne pouvait s’accomplir que par des transactions statistiques, des concessions mutuelles, un abandon par les uns de ce qui était trop ardu à prononcer pour les autres, une altération composée.

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, Images de la France, pléiade 2, 1001.

 

Changer de moteur

J’ai pris la mesure de la puissance de notre instinct grégaire lors de ma seule (et mémorable) expérience de commerçant, durant six ans, comme bouquiniste. J’ai alors compris à quel point le fait de créer, puis de respecter les habitudes des clients est capital pour faire des affaires. Donner des lieux, des points de repères, des marques, des jours, des chemins tracés est au moins aussi important que la qualité de la marchandise (la came diraient mes amis) proposée.

C’est pour cela que l’on revend des fonds de commerce, des clientèles, toutes choses immatérielles, ce qui pourrait paraître idiot. En fait on vend des habitudes. De la même façon nous pouvons nous interroger sur notre fidélité à telle marque, telle boutique, alors qu’elles ont maintes et maintes fois changé de main, parfois radicalement modifié leur philosophie.

Notre façon de naviguer sur internet n’échappe pas à cette logique de chemins tracés, de sites habituels, de rituels quotidiens. Je connaissais ainsi depuis belle lurette le moteur de recherche Qwant, plein de qualités, de conception française, ne traçant pas ses utilisateurs, je l’avais essayé mais j’en restais à mon bon vieux google. Essentiellement par fainéantise.

Une annonce vient opportunément de me rafraîchir la mémoire et j’ai décidé de l’utiliser avec l’un des deux navigateurs que j’utilise régulièrement (en l’occurrence firefox). Et pour me contraindre à modifier mes habitudes, j’ai gravé Qwant dans le marbre de la barre de favoris après avoir viré google. L’idée n’est pas ici de faire de la pub pour un moteur plutôt qu’un autre, mais de témoigner du fait qu’un éclair d’énergie passagère peut parfois nous désengluer du marais de redoutables habitudes contre lesquelles nous pestons régulièrement.

Bonne semaine

L’illusion de la gratuité

La semaine dernière c’était un cyclone, cette semaine c’est un seau d’eau qui a mis le feu à la prairie. Radios, télévisions et journaux sont brusquement montés en température autour d’une information capitale. Emmanuel Macron aurait décidé de dormir sur un lit de camp et de prendre sa douche avec un seau d’eau au petit matin lors de son passage à Saint-Martin. Scandale interplanétaire immédiat, abondamment relayé par les réseaux sociaux : Macron met en scène son intervention aux Caraïbes.

Sauf que… l’information était fausse. Issue d’une supposée confidence de l’entourage du PR à un journaliste de RTL. Ce que révèle le lendemain deux journaux papier. Macron a tout simplement dormi chez un gendarme. La femme d’icelui s’est d’ailleurs montrée fort marrie que l’on mette en doute la qualité de son hospitalité.

Mais passons, cet épisode met en lumière la tragique dérive de ce qu’il était jusqu’alors convenu de qualifier de “grande presse”. Les journalistes, envoyés spéciaux et reporters de terrain, soumis à la pression de réseaux sociaux qui, tels twitter, se posent en agences de presse parallèles, réagissent comme des lapins pris dans les phares d’une voiture, ils plongent au jugé dans le premier interstice  venu. Histoire de montrer qu’il existent. Il fut un temps ou une erreur grossière de ce type eut été sanctionnée. Ce n’est plus le cas. On n’a plus le temps. Un phénomène étrange est en train de se produire. A l’image de ce qui se passe aux Etats-Unis ce n’est plus la réalité de l’information qui importe c’est son incandescence, sa capacité à déclencher un incendie, à générer du clic.

A l’opposé de ces tempêtes qui se déchainent régulièrement, un support consacré aux enquêtes au long cours vient de voir le jour à Nantes. Mediacités, se veut “un journal en ligne d’enquête et de décryptage consacré aux principales métropoles françaises.” Déjà implanté à Lille, Lyon et Toulouse, il ouvre à Nantes. Un pari insensé à l’heure où l’illusion de la gratuité est souveraine ? Pourquoi payer une information puisque je peux me faire une idée de l’actualité qui importe  aujourd’hui simplement et rapidement sur internet ? C’est oublier un principe simple : quand c’est gratuit c’est toi le produit.

L’idée n’est pas de faire la morale ce dimanche matin, mais d’attirer l’attention sur le fait que les véritables sources d’information se raréfient, faute de moyens, au profit d’un océan de clichés survendus, fabriqués pour chatouiller nos émotions.

On pourrait par exemple, en ce dimanche 17 septembre au matin, plutôt que de s’indigner à peu de frais sur le sort des Rohingas, qui envahit nos journaux sans que l’on y comprenne grand chose, se préocccuper de la situation des 27 mineurs isolés qui débarquent chaque semaine à Nantes, et que tentent de prendre en charge un collectif d’hébergeurs solidaires. Florence Pagneux, est allée à la rencontre de quelques familles qui accueillent discrètement ces jeunes gens, dont le souhait le plus cher n’est autre, pour l’un des garçons rencontré, que de devenir plombier. Des jeunes gens qui se réjouissent devant une trousse remplie pour aller à l’école. Mais pour prendre connaissance de cette enquête, il faut payerun peu  de sa personne, accepter de verser son écot à Médiacités, qui en retour rémunère correctement ses collaborateurs, lesquels réalisent de véritables enquêtes de terrain. C’est tout bête, ça s’appelle du journalisme.

 

 

avant l’obsolescence programmée

Il y avait une vie avant l’obsolescence programmée. Je viens d’en avoir la délicieuse confirmation en recomposant une chaîne haute fidélité des années soixante dix, qui me ravit chaque matin en autorisant un réglage ultra-précis de la radio grâce au tuner à aiguilles, et en permanence grâce à la rondeur et la clarté du son délivrée par l’ampli.  Les colonnes Cabasse y sont certes pour quelque chose mais le précédent matériel, pourtant griffé de marques prestigieuses (Marantz, Technics), ne permettait pas d’obtenir l’incomparable moëleux de ces vieux clous et surtout ne dissociait quasiment pas la stéréo.

C’est tout à fait par hasard que j’ai acquis au cours de l’été le tuner Kenwood à aiguilles, sur un vide-grenier. 5€, le risque n’était pas très grand et le vendeur était affirmatif et convaincant : il fonctionnait, selon lui, parfaitement, ce qui s’est vérifié de façon spectaculaire. Je ne supportais plus le tuner électronique précédent qui ne comprenait pas l’extrême sensibilité de la modulation de fréquence (FM) et les incidences de la météo. Seul l’aiguille d’un bon vieux vu-mètre permet d’opérer un réglage au petit poil. Restait ensuite à trouver un ampli à la hauteur du tuner. Celui en service, noir comme la nuit, aux commandes illisibles, n’avait plus de balance et de grosses faiblesses sur un des canaux.

Les dieux étaient de bonne humeur cet été puisqu’ils m’ont permis de découvrir, quelques jours plus tard, une boutique extraordinaire, près de l’ancienne prison de Nantes, justement spécialisée dans la réparation et la revente de matériels “vintage” comme on dit maintenant “Comme à la radio”. Il ne m’a pas fallu longtemps pour trouver mon bonheur dans cette caverne bourrée de madeleines métalliques pour les garçons de mon âge. Le vendeur, un fêlé de matériel de l’époque, et forcément de disques vinyles, a eu la gentillesse d’ouvrir la bête, pour me montrer l’état des composants et leur passer un petit coup de bombe, état nickel chrome malgré les quarante ans d’âge de l’objet.

Ne me reste plus maintenant qu’à retrouver une platine et remettre en circuit la paquet de vinyles qui dort au grenier. Ce sera pour une prochaine fois. Bonne semaine.

L’heure de la rentrée

L’un des habits qu’il me faut endosser cette année pour la rentrée est celui de correspondant local du quotidien Ouest-France. C’est assez plaisant, plutôt sympa et pas trop compliqué, mais cela demande toutefois de conjuguer des exercices forts différents, entre le décryptage des politiques publiques pour le lecteur averti et pointilleux de Courriercab, une dose rituelle de bons vieux clichés pour quelque grand magazine parisien et la chronique de la rentrée scolaire pour la locale du journal.

Mais c’est somme toute assez complémentaire. On est plus affûté avec le cabinet d’un ministère quand on peut le titiller sur les retombées concrètes des mesures concoctées dans un bureau aveugle. La géographie n’est pas la même sur une carte – lorsque l’on décide par exemple que la responsabilité de l’eau sera confiée aux intercommunalités – et dans la vraie vie, où le débit de l’eau se moque des frontières administratives mais son conforme au relief, aux bassins versants. Toutes choses auquelles il est parfois difficile de penser depuis Paris et qui font souvent enrager les responsables de collectivités. Mais passons.

Le grand bénéfice (et la grande responsabilité parce que c’est à double tranchant) du statut de correspondant du journal est celui d’être subitement élevé au rang de notable. Rien à voir avec celui d’obscur journaliste pour la presse nationale ou d’auteur de bouquins. D’intello un peu excentrique. Votre regard sur l’environnement prend désormais une toute autre valeur. Il acquiert une sorte de pouvoir symbolique qui l’autorise, croit-on, à juger ce qui a un intérêt et ce qui n’en a pas. C’est évidemment un leurre parce que les contraintes sont multiples, de forme comme de fond, et qu’on ne décide pas de grand chose au bout du compte.

Cette semaine par exemple c’est la rentrée scolaire et la préparation de les journées du patrimoine. Autant de bons vieux marroniers. Mais mine de rien, je vais pouvoir vérifier sur le terrain si cette histoire de 12 élèves par classse en CP se vérifie. Il faut que je me dépêche mon cartable n’est pas prêt. Bonne semaine.

La Maison du Port ne meurt jamais

Les exigences de la modernité avaient contraint, l’été dernier, la Maison du Port de Lavau-sur-Loire à cesser de servir crêpes et galettes, l’administration française considérant que les spécifications techniques propres à ce genre d’établissement n’étaient pas respectées. Cela ne signifiait pas une condamnation à mort de cette improbable maison plantée au milieu de nulle part en bordure des derniers espaces sauvages de l’estuaire de la Loire, mais cela y ressemblait un peu.

Yseult, la créatrice et propriétaire du lieu a procédé cet hiver à un certain nombre d’aménagements qui glacent l’ambiance dans sa cuisine mais lui permetent de relancer ses billigs*. La carte est certes beaucoup plus restreinte – il faudra se contenter des grands classiques (oeuf jambon fromage, chocolat ou caramel) – mais l’essentiel est préservé : la Maison du port sera ouverte tout l’été. Et propose naurellement un grand choix de livres d’occasion qui font le charme et la singularité de ce lieu où la restauration est lente et les cartes de crédit inutiles.

La maison du port est ouverte les vendredi, samedi, dimanche et jours fériés durant tout l’été. Parfois aussi parce qu’il fait tout simplement beau. Il est judicieux de s’assurer de l’ouverture au 02 40 34 61 73. Le détour par Lavau-sur-Loire (à hauteur de Savenay entre Nantes et Saint-Nazaire) est forcément une bonne idée lorsqu’il y a un rayon de soleil, d’autant que l’observatoire de Tadashi Kawamata, qui permet d’embrasser un panorama exceptionnel au coude de l’estuaire, a lui aussi été restauré.

La photo de la Maison m’a été aimablement fournie par Yseult. La petite animation s’est téléchargée toute seule sur le site d’Estuaire. Les photos sont signées.

*Doit-on écrire billig, billigs ou billigou ? Les bretonnants sont autorisés à donner leur avis.

 

 

 

Le chapeau de Vermeer

“Aucun homme n’est une île”, cette formule du poète anglais John Donne pourrait être l’argument du Chapeau de Vermeer, grand moment de lecture que propose l’historien canadien Timothy Brook. Cet ouvrage est, en quelque sorte, la démonstration qu’à partir de quelques tableaux puisés dans l’oeuvre d’un artiste n’ayant jamais sa quitté sa ville natale, on peut conter  l’histoire du monde. En  tirant simplement quelques fils, ceux d’un chapeau en feutre de castor, par exemple, qui ouvre sur l’aventure française au Canada.

Le Chapeau de Vermeer est un livre jubilatoire, qui combine allégrement qualité littéraire et érudition. Un essai qui met en perspective, jette des passerelles entre les connaissances éparses du lecteur, les met en cohérence. Bref un livre dont on ressort plus cultivé et plus intelligent tout en ayant passé de délicieux moments. Des exemples : chacun sait que le tabac, comme la tomate, nous vient d’Amérique. Que ces plantes sont arrivées en Europe au cours du XVIe siécle. Comment se fait-il que les Chinois aient eu dès le XVIIe siécle la réputation de faire partie des plus grands fumeurs de la planète ? Timothy Brook nous propose, de cette affaire, une explication lumineuse. L’historien canadien est, il est vrai, un spécialiste de la Chine et de l’extrême-orient. Mais il ne réduit pas sa cartographie à l’orient, pas plus que ne le faisaient les Hollandais de l’époque, à l’image du géographe de Vermeer, qui dessinaient le nouveau monde.

Brook s’appuie beaucoup sur les échanges commerciaux pour nous conter le grand chambardement mondial du XVIIe, époque où Hollandais, Espagnols et Portugais se disputaient le commerce planétaire. D’où le sous-titre de l’ouvrage en français “Le XVIIe siècle à l’aube de la mondialisation”. Il nous montre aussi que les Chinois, à qui, paradoxalement, les européens doivent les deux grandes inventions qui ont permis leur expansion – le papier et la poudre – sûrs de la force tranquille de leur civilisation, ne souhaitaient pas multiplier les échanges avec ces barbares mal élevés aux cheveux rouges . “Les Hollandais étaient ravis de posséder des porcelaines chinoises, symbole d’une relation positive au monde. En revanche les Chinois ne prisaient pas les objets européens. Le vaste monde se présentait comme une source de menaces et non de promesses.

Cette lecture “économique” de la conquête planétaire, qui passe naturellement par les métaux précieux, dont l’argent de Potosi, illustré par la Femme à la balance de Vermeer, nous est extrêmement précieuse à nous Français, trop souvent tentés par une lecture politique des évènements. C’est pourtant sur une touche politique et guerrière, l’attaque de la Hollande par les armées de Louis XIV en 1672 et la mort de Vermeer, à 43 ans, que se referme cet ouvrage. “Ce qui a tué Vermeer était peut-être ce qui lui avait permis initialement de faire carrière. La place de Delft au sein des réseaux économiques qui se déployaient autour du monde. A l’époque où ces réseaux étaient prospères, les chefs-d’oeuvre soigneusement exécutés de Vermeer lui permettaient de de gagner de quoi faire vivre sa famille et de prendre le temps qu’il voulait pour achever une toile. Mais lorsque ces réseaux s’effondrèrent et que le seul moyen de se procurer de l’argent fut d’en emprunter, le désespoir et la mort mirent un terme à la fois à sa vie et à son oeuvre.

Le Chapeau de Vermeer, Timothy Brook, Petite bibliothèque Payot, Histoire.