Hewlet Packard N°5

Les images frappantes sont parfois utiles pour prendre la mesure de certaines réalités. Celle que propose Dimanche Ouest-France est particulièrement évocatrice : le prix de de l’encre pour imprimante HP (150 € les 10 ml) est supérieur à celui du parfum Chanel N°5 (110 € les 10 ml).

marylin

Nul besoin d’être grand spécialiste pour se rendre compte  que les fabricants d’imprimantes ont mis au point ces dernières années une stratégie diabolique pour faire prospérer leur business en s’appuyant sur la vente de consommables. Chacun a pu constater que la baisse continue du prix des machines correspondait à une hausse du tarif des cartouches. A tel point que certaines imprimantes sont aujourd’hui à peine plus chères que les recharges !

C’est même plus malin que ça. Au terme d’une recherche rapide, on tombe sur une enquêtre du Guardian qui met à jour une pratique encore plus perverse : entre le début des années 2000 et nos jours, la quantité de liquide présent dans les cartouches a été divisé par 3 ou 4 suivant les marques. Ceci alors que l’emballage est de la même taille. Autre technique machiavélique  : les imprimantes mentent sur le niveau d’encre qui reste utile et bloquent unilatéralement l’impression au-dessous d’un certain seuil, ainsi que le révèle une enquête publiée récemment par Rue 89.

Il fut un temps où l’on trouvait sur internet des kits de remplissage de cartouches composés d’une seringue et d’une bouteille d’encre noire qui permettait de contourner ce racket organisé. C’est de plus en plus difficile. D’autant que désormais les têtes des cartouches ont gagné en… fragilité. Restent, il est vrai, les boutiques qui proposent de recharger les cartouches usagées. Mais ces commerçants avisés sont peu à peu entrés dans la ronde en alignant progressivement leurs prix sur celui des grandes marques.

Un adolescent américain, cité par Ouest-France, a évalué à 370 millions de dollars l’économie que ferait l’administration de son pays en adoptant le Garamond, une police de caractère moins gourmande en encre que le Times new roman, pour ses documents officiels. L’idée n’est pas idiote. Mais l’administration pourrait peut-être, en premier lieu, aller jeter un œil du côté des fabricants. Il ne serait pas surprenant de découvrir un jour que cette escroquerie à grande échelle soit le résultat d’une entente amicale entre gens de bonne compagnie – défenseurs par ailleurs de la loi du marché et de la libre concurrence – qui auraient trouvé là une confortable et transparente rente de situation.

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