place au storytelling

« Il ne prend pas la lumière, il n’a pas de voix, pas de présence physique ». Jean-Marc Ayrault aurait fait un mauvais comédien. Mais feu le maire de Nantes n’imaginait sans doute pas que ces défauts pouvaient être rédhibitoires pour mener à bien un projet politique. Il s’est trompé.

La société du spectacle exige désormais des personnages publics qu’ils soient avant tout des artistes. Son successeur affiche de ce point de vue de bien meilleures dispositions : une voix de stentor, une expression claire une belle présence physique. Il sera, sans doute aucun, bien meilleur au micro et sur les écrans.

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Pour autant, il est possible que cela ne suffise pas. Pris dans la même tenaille que son prédécesseur, il va lui falloir jouer de tous ses talents infliger en douceur au bon peuple la purge à laquelle il risque fort de ne pas échapper.

Il est possible que Manuel Valls, plus direct, soit moins enclin à pratiquer le double langage qui aura marqué ce début de quinquennat, double langage qu’Ayrault semble avoir adopté sous l’amicale pression de son patron « il ne faut pas effrayer le petit peuple ». Avec le résultat que l’on sait.

Non, Valls va devoir avoir recours au storytelling, qui a fait défaut à Ayrault. Cette technique de communication qui consiste à mettre en récit son action en lui donnant une structure narrative, à toucher le cœur pour atteindre le cerveau. Nous avons tous besoin qu’on nous raconte des histoires. Et nous sommes prêts à affronter des difficultés, des drames même, pourvu qu’ils s’inscrivent dans une belle histoire.

La réussite de Manuel n’est donc pas liée à un quelconque programme politique – ses marges de manœuvres sont, de fait, aussi faibles que celles d’Ayrault – mais elle est, en quelque sorte, conditionnée par ses talents artistiques. Comment construire un récit, sur une durée somme toute assez courte, qui fasse la part du sang et des larmes tout en promettant le bonheur.

Voilà qui va être intéressant à observer. Il est vraisemblable que la dramaturgie sera mieux étudiée. Et que le personnage va s’employer à ne pas se laisser dicter le tempo par une critique aux aguets permanents qui aura, cette fois, affaire à plus forte partie. Même si, sur le fond, les choses ne risquent guère de changer. Nous sommes vraiment de petites choses.

Photo : Paris-Match

4 réflexions sur « place au storytelling »

  1. Sven Jelure

    Jean-Marc Ayrault est sans doute un mauvais comédien, mais ça ne l’empêche pas d’être lui aussi adepte du “storytelling”. De toutes les grandes villes de province, Nantes est celle qui possède le service de communication le plus étoffé. Jean-Marc Ayrault lui-même n’a jamais hésité à pratiquer le double langage et à raconter des histoires.
    J’aime bien le cas de la “belle endormie” ; je l’ai étudié en détail dans mon blog. En substance, avant l’arrivée de Jean-Marc Ayrault à la mairie, Nantes était appelée, paraît-il, “la belle endormie”. On lit ça un peu partout. Or Nantes n’a été qualifiée de “belle endormie” qu’après l’élection de JMA, dans les années 1990, justement quand on commencé à dire qu’on l’appelait autrefois “la belle endormie” ! C’est une pure fabrication.
    C’est anecdotique ? Certes. Voici plus sérieux : depuis “Les Anneaux de la mémoire”, on lit aussi un peu partout que Nantes refusait autrefois de regarder en face son passé esclavagiste. Or jamais il n’a été occulté : il était mentionné dans toutes les histoires de Nantes et largement signalé par le musée des Salorges, installé au château. Seuls les ignorants l’ignoraient. Même les ignorants le connaissent à présent, mais en même temps que cette vérité, on leur a inculqué la légende du “refus de regarder en face”.
    Le site web de la mairie a longtemps évoqué “la flèche de la cathédrale de Nantes, témoin des temps anciens”. JMA n’y était probablement pour rien, mais ça illustre au moins le peu de respect de ses services de communication pour la réalité.

  2. Anonyme

    Ah les couv’ de Match. J’ai demandé à mon dépositaire de presse l’affiche de celle qui montre Mr et Mme Bismuth-Bruni, chez d’œuvre de storytelling niais.

    Celle-ci est pas mal non plus dans le genre. Le hasard veut que je viens de lire un article de Marianne expliquant comment le beau Manu s’inspire de la com frénétique de Talonnettes 1er. Au vu du résultat, dis Manu, est-ce une bonne idée ?

    Quant à la vice-PM, dame Gravoin. La classe et elle ne voyagent pas dans le même compartiment :
    //« C’est sûr qu’une musicienne c’est un peu plus glamour que Mme Ayrault, prof d’allemand dans la banlieue de Nantes! » ironise d’emblée l’épouse de Manuel Valls, avec un franc-parler savoureux.//

    (Citation d’un journal de lécheurs, qui confond franc-parler et incorrection, mépris de parigote sotte pour la province et pire, la banlieue).

    Musicienne, oui… mais derrière Johnny et Patriiiick ! Pas vraiment de quoi se vanter, non ? Va-t-elle nous faire regretter la twitteuse et la chanteuse ?

  3. Philippe Auteur de l’article

    “En pays féodal, la vue constitue l’organe démocratique par excellence, celui par qui chacun appartient à tous.” P. Bruckner, Les Parias.

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