Le Point atteint de phobie administrative

C’est un comportement assez partagé que de reprocher ses propres turpitudes à ses contemporains. Le Point, qui n’est pas avare de dénonciations enflammées, notamment contre les administrations, est pourtant atteint de phobie administrative aigüe. L’hebdomadaire, après m’avoir congédié sans autre forme de procès pour une humeur publiée sur ce blog après douze ans de bons et loyaux services, se refuse à me délivrer un certificat de travail, gentiment demandé par courrier recommandé  le 29 juillet dernier.

déclarationNon que ce certificat me soit d’une grande utilité professionnelle, mais il se trouve que la maison qui conserve la misérable épargne salariale que le journal m’a fait souscrire d’office, exige ce certificat pour m’autoriser à récupérer mes billes. Ce dont le modeste pigiste que je suis a un besoin criant après s’être fait limoger sans le moindre fifrelin d’indemnité. Ajoutons que sans certificat de travail, le salarié est privé de toute prétention au chômage.

 Selon la loi de la République, tout employeur est contraint de délivrer  ce certificat à un employé dont il se sépare, quelle qu’en soit la cause (licenciement, démission, rupture conventionnelle…). Il est vrai que là on ne sait pas trop où on est puisque le journal me présente toujours comme faisant partie de ses effectifs, après m’avoir confirmé le fait qu’il ne faisait plus appel à mes services. Et donc ne m’emploie plus. Allez comprendre.persecutes_

 On peut toutefois esquisser une hypothèse. En refusant de me délivrer ce certificat de travail, l’hebdomadaire, propriété du milliardaire François Pinault – il est amusant de le rappeler – joue la montre, à l’image d’un Thévenoud, en tablant sur l’impunité dont il est sûr de bénéficier. Et économise ainsi  « le solde de tout compte » dont il est redevable. Par bonheur, la loi n’est pas la même pour tous. Entre un malheureux pigiste, qui n’a pas même les moyens d’engager un procès et un grand journal, il n’y a pas photo. Continuons donc à donner des leçons à la terre entière, à dénoncer les chômeurs indélicats, l’incurie des administrations, la malhonnêteté des politiques à longueur de colonnes.

C’est ça le journalisme contemporain coco.

Illustrations : DR

8 réflexions sur « Le Point atteint de phobie administrative »

  1. Philippe Auteur de l’article

    Donc, donc, une solution se profile. Mais je dois rester prudent, chacun le comprendra, je l’espère, pour ne pas mettre à mal le processus qui s’engage.
    Disons que ce billet a permis l’établissement de relations diplomatiques avec le journal puis l’élaboration d’une solution satisfaisant les deux partis. Cette solution s’articule autour d’une disposition particulière à quelques rares professions : la clause de conscience. Disposition qui permet à un journaliste de quitter un support dont il ne partage plus la ligne éditoriale, en bénéficiant du régime juridique du licenciement. Précisons que cette clause est rarement accordée par les journaux et difficile à plaider lorsqu’elle est refusée.
    C’est une belle sortie à mes yeux, parce qu’elle est conforme à la nature du conflit qui m’oppose au journal (pour mémoire : http://philippedossal.fr/?s=de+l%27habillage+de+la+copie.) Et qu’elle permet une rupture respectant mes droits de salarié (un peu à l’image d’une rupture conventionnelle). Je ne demandais pas autre chose.
    Il sera temps, lorsque l’affaire sera réglée, d’en tirer les leçons. Mais cette issue confirme mon intuition de départ : la bonne foi est une arme précieuse lorsqu’elle peut s’exprimer.
    Difficile d’en dire plus pour le moment, sinon remercier à nouveau chaleureusement les uns et les autres pour leur soutien.

    Il va m’être difficile de poursuivre publiquement les échanges sur le sujet. Je peux le faire en privé pour ceux qui le souhaitent (mon mail sur la col de droite). Et puis, il va être temps de passer à autre chose. Le hasard veut que se boucle aujourd’hui le premier numéro d’un nouveau support pour lequel je travaille et que les cours reprennent à la fac.

    Bonne journée
    Philippe

  2. [Elena]

    Vraiment navrée de voir que les choses ne s’arrangent pas.
    Je ne connais rien à ce milieu mais je veux bien croire à un rapport de forces défavorable et à ” une solidarité de fait entre patrons de presse”.
    J’avais cependant pensé au “Canard” (et d’abord cru que Zéro pointé faisait allusion au volatile), ne serait-ce qu’à la rubrique “Couac” en bas de la page 4.
    Est-ce que je m’illusionne aussi de ce côté-là ?

  3. Philippe Auteur de l’article

    Non, je n’ai pas été pigiste pour un seul employeur (heureusement), mais ça ne change rien, il s’agit bien d’un emploi régulier.
    Merci à toutes celles et à tous ceux qui relaient l’info, notamment les journalistes de province comme on dit. Une mention spéciale à Eric Chalmel, qui reprend et enrichit le papier sur son blog, que je vous invite à visiter : http://etatsetempiresdelalune.blogspot.fr/2014/09/encore-un-cas-de-phobie-administrative.html

  4. LF Paulin

    Vous connaissez la règle ( à propos du point…):
    1) les points sur les “i”.
    2) le poing sur la table.
    3) le poing dans la gueule!

    J’ai entendu parler de votre histoire et il y effectivement 2 poids, 2 mesures. Vous avez été pigiste pour un seul employeur durant de nombreuses années et il refuse l’idée du salariat déguisé. c’est bien cela?
    Il est vraisemblable aussi que votre histoire ait des précédents juridiques aux prud’hommes.
    Il est probable que dans le cas contraire, vous fassiez un précédent qui ne laisserait pas indifférent la direction du travail et un gros nombre d’employeurs.
    Quoiqu’il en soit, je vous souhaite beaucoup de courage dans ce combat…

  5. zéropointé!

    Même un petit mot chez Médiapart bien envoyé????
    Vue l’attitude du Point depuis le début, la “caisse de résonnance”, fût-elle grosse caisse, d’internet et des réseaux sociaux a peu de chance de les faire bouger… même pas mal! donner ce certificat de travail, dans un premier temps c’est bien de ce dont il s’agit, parce l’agitation des opinions l’y forcerait alors que seule une décision de justice serait coercitive? J’en rêve pour vous Philippe…

  6. Philippe Auteur de l’article

    C’est bien ça zéropointé. Apparemment le seul recours pour obtenir ce certificat est devant les prud’hommes. Long et fastidieux. Ce billet est une façon de faire circuler l’information (déjà reprise sur les réseaux par quelques confrères) pour réveiller la direction (qui surveille, en témoigne sa réaction au premier billet).
    Je ne compte guère sur les autres journaux. Une règle non écrite instituant une solidarité de fait entre patrons de presse. En revanche, internet et les réseaux peuvent être une bonne caisse de résonance.
    A vrai dire, en assurant ici le suivi de cette affaire, qui a démarré sur ce blog et qui est donc, en quelque sorte un cas d’école, à la croisée de la liberté d’expression et du droit du travail, j’expérimente la puissance de feu d’internet, en m’évertuant à rester le plus scrupuleux possible.

  7. zéropointé!

    Vous voulez dire, Philippe, qu’en jouant la montre pour obtenir l’impunité, Le Point a fait le pari que vous n’allez pas lui courir après pendant longtemps parce que vous n’en aurez pas les moyens? mais s’il est illégal de ne pas délivrer un certificat de travail, il y a bien quelque moyen contraignant de l’y obliger? genre assignation délivrée par huissier de justice? ou, plus rock’n’roll, dénoncer les agissements du Point dans un autre canard….

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