L’art est un nid de poule

La tyrannie de l’angle interdit bien souvent, sur le papier comme sur le web, d’aborder toutes les facettes d’un sujet. Ce fut le cas la semaine dernière en rédigeant un papier sur la galerie Paradise de Nantes pour le webzine du quartier de la création. Parmi les réalisations  d’un artiste invité, Kamiel Verschueren, figuraient en effet des images qui m’ont intrigué et qui méritent, à mon goût, plus qu’une allusion au détour d’une phrase. Ces images disent en effet la joyeuse inventivité dont peut faire preuve un artiste et toute la profondeur que peuvent revêtir des gestes apparemment anodins .

La première image est celle d’un trait de peinture autour d’un nid de poule dans une rue de Douala. Kamiel Verschueren s’est en effet amusé à peindre les contours des trous de la chaussée dans une rue de la ville Camerounaise lors de la dernière biennale d’art. Ce geste a eu pour double résultat de redessiner le paysage de la rue et d’attirer l’attention des conducteurs sur les dangers de la rue. Modeste et génial comme dirait l’infréquentable Mermet. nid de poule

La seconde image est celle d’un égoût urbain à ciel ouvert, (image un peu lourde, cliquer sur le lien) comme il en existe partout dans le tiers monde, dans lesquels il faut prendre garde de ne pas se prendre les pieds. L’artiste a recouvert tout un parcours de planches, sur lesquelles il a peint une série de notations poétiques, qui sécurisent la marche, protègent des miasmes, tout en préservant un accès facile aux caniveaux.

Michel Gerson, le responsable de la galerie, n’avait pas d’images pour la troisième initiative de cet artiste singulier, mais il m’a raconté l’histoire. “Frappé par la présence de pierres sur la route, que personne ne se donnait la peine de ramasser, il les a recouvertes de peinture dorée puis replacées sur la rue. Chacun s’est alors empressé de les ramasser”. L’idée était de questionner les passants sur leur rapport à cette rue qu’ils empruntent tous.

Ces gestes simples, doux, peu coûteux, sont d’authentiques gestes artistiques. Ils modifient le regard, décalent les perceptions, interrogent les spectateurs. Voilà qui pourrait presque réconcilier les sceptiques, dont je fais partie, avec certain art contemporain, qui se complait trop souvent dans la vacuité.

Photos : Kamiel Verschueren

4 réflexions sur « L’art est un nid de poule »

  1. Gaëtan

    L’art contemporain, justement le sujet de la revue Books de septembre :
    http://www.books.fr/philo-et-idee/le-desamour-de-lart/
    Je ne l’ai pas encore lu mais les axes de réflexion me paraissent intéressants (Le courage et la paresse, N’y a-t-il donc rien d’autre à voir ? , Six dogmes pour un non-art, “Un “dérangeant’’ devenu politiquement correct, Un dialogue de sourds)

  2. Philippe Auteur de l’article

    Je comprends que vous soyez dubitative Christiane, comme je le suis bien souvent devant certaines oeuvres d’art contemporain. Qui plus est, la seule image dont je dispose ne donne pas une idée complète de ce travail. Celle que j’ai vue exposée redessinait toute une rue en mettant en lumière les nombreux trous qui la mouchetaient et en changeaient complètement la physionomie.
    On peut, évidemment, débattre à l’infini de qui relève de l’art, de la performance ou… de l’escroquerie en matière de d’art contemporain. Le responsable de la galerie a évoqué la notion d'”art social”, que je n’ai pas reprise, parce qu’elle me gêne un peu aux entournures. Mais ce geste – artistique ou non, chacun le perçoit à sa manière – a au moins une vertu, celle de proposer aux passants une autre lecture du paysage, de leur ouvrir les yeux sur une réalité devenue invisible.

  3. christiane

    Seul le troisième exemple me parait relever de l’art, encore que ces cailloux dorés incitent plus, peut-être, à la convoitise qu’au regard face à une œuvre d’art. Les deux premiers exemples sont plus apparentés aux signalisations qui informent d’un danger.
    Nul doute que cet artiste est altruiste mais de là à glisser dans l’art, je suis interrogative. Les créations urbaines de l’artiste suisse Felice Varini (Salon-de-Provence, cet été. Gennevilliers en 2012, à Londres, et à NANTES, bientôt) m’intéressent davantage. Avec lui aussi tout espace peut devenir un champ d’action, éphémère.

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