et Dieu créa Gotlib

« Qui a dérangé les cinq tonnes de bois qui étaient dans la cour ? » est une accusation rituelle à la maison lorsque l’on veut calomnier un enfant. La Rubrique-à-brac une bande dessinée que l’on suce dès le berceau et tout le monde connait par cœur les dialogues du petit poucet de Gotlib. L’état pitoyable de la collection témoigne, au besoin, du commerce qui en est fait.

hamsterGotlib nous revient ces jours-ci dans un hors-série Pilote-Fluide et une exposition au musée d’art et d’histoire du judaïsme. Les éditeurs, le public, les médias n’arrêtent pas de faire leurs adieux à ce grand maître de la bande dessinée, qui a pourtant rangé ses pinceaux il y a trente ans. Gotlib, quatre-vingt printemps, confesse que ça le fatigue un peu, mais il fait avec. Son interview est parfaite.

Pas de révélation majeure dans ce hors-série, mais quelques belles reproductions, notamment la pochette de Pervers Pepper Lonely Hearts club band. Et puis la dernière planche complète, qui date de 1986 : La Genèse. « Puis Dieu créa la peau de banane et il vit que la peau de banane était bonne. Il y eut un soir, il y eut un matin. »

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Appris, en fouinant, que Marcel Gotlieb l’avait échappé belle pendant la guerre, juif hongrois qu’il était. Ce type a une histoire, un parcours complètement fous. C’est sans doute de ce parcours de miraculé qu’il a tiré l’incroyable liberté qui est la sienne. Gotlib a porté le jeu entre le texte et le dessin sur des cimes jusqu’alors inexplorées et dessalé toute une génération de dessinateurs, au nombre desquels Edika, Binet ou Larcenet.

burpMon héros personnel est le professeur Burp et ses présentations naturalistes : le pluvian, dentiste du crocodile, le corbeau qui parle, le putois… Les fables de La Fontaine aussi sont des morceaux d’anthologie, avec ses morales revues et corrigées : le savetier qui place son argent chez le financier ou le loup végétarien, martyrisé par l’agneau, qui finit par manger son psychanalyste.

Bref, Gotlib n’est pas une option dans une bibliothèque, c’est une évidence. Un signe de bienvenue, une preuve d’humanité. Une maison où il y a une Rubrique-à-brac ne peut être tout à fait mauvaise.

 

7 réflexions sur « et Dieu créa Gotlib »

  1. Philippe Auteur de l’article

    J’ai peur Béné, que le samedi soit le jour du Shabbat pour les juifs, notre dimanche en quelque sorte. C’est sans doute ce qui explique cette fermeture. J’espère que ça ne vous empêchera pas d’y retourner. Quoi qu’il en soit, ravi de vous retrouver ici. Ca faisait une paye !

  2. Béné

    Bin, il faut ajouter que ce musée est difficile d’accés!, parce qu’il est fermé le samedi, le jour off des travailleurs! Justement le jour, où est tous portés sur l’extérieur, après une semaine travaillée, là où justement on est dans l’élan de la découverte (ou des magasins pour d’autres!), vlan, on trouve porte close!!!! Les dimanches, moui, faut juste s’organiser! Le dimanche est fait pour rien, buller et se reposer et rouler sur le canapé en pyjama!
    Sérieusement, je comprends très bien et respecte les traditions de chacun, mais pour que la découverte et la rencontre se fasse, il faut faire un effort! Je suis allée ce matin, tôt en me disant qu’à Paris, il faut arriver pas trop tard! Tout ça pour constater que ce musée est fermé le samedi!!!!!!! Incroyable qu’à Paris des gus ne pensent qu’à eux seulement. Incroyable, impossible! Sourire, attention, je suis en mode sourire! Sourire crispé! Donc au final, j’avais envie de découvrir cette exposition mais elle m’est totalement inaccessible! Je ne suis pas retraitée, je travaille toute la semaine, le dimanche est mon jour off-repos et ce musée est fermé le samedi!
    On se fout de la gueule de qui dans cette pub?

  3. PMB

    Dans un des Rhaâ lovely (je crois), il y a une histoire avec Jésus, Wotan, Bouddha, Yahvé et Allah (vacomjtepousse).

    Aujourd’hui, elle serait rigoureusement impubliable

  4. puck

    désolé, ça se voulait drôle, je le reconnais en relisant = c’est loupé.
    mais de là à m’accuser d’inélégance, on reconnait bien là toute cette intransigeance humaine si fréquente sur les blogs.
    entre inélégance et intransigeance je préfère mille fois mon inélégance, voire ma bêtise profonde, j’espère la conserver si elle est le moyen de me protéger contre le noircissement de l’âme.

  5. puck

    merci, c’est émouvant, le professeur Burp, les contes de fées, Newton… toute une époque, cette forme d’humour a nourri l’esprit (pour ne pas dire formaté) de toute une génération, des années 70.
    je me demande si cet humour ferait rie des djeunes d’aujourd’hui ?
    bien sûr ce n’est pas Charlie hebdo (qui démarre à la même époque alors que Hara kiri existait déjà) et pourtant il y avait dans la provoc dans cet humour, comme un vent de liberté contre les vérités et les valeurs établies de l’ancienne génération, d’ailleurs ça ne faisait pas rire nos parents, ils étaient plus sensibles à l’humour de Fernand Reynaud.
    ce serait marrant de voir comment l’humour évolue, ce qui était subversif et ce qu’il l’est maintenant… mais non ! parfois il faut savoir rire sans se prendre la tête, encore que ça vaudrait le coup de regarder l’évolution des choses de près, mais ma foi ce sujet est léger alors de grâce ne sombrons pas dans la lourdeur ! car j’ai l’impression que la subversion à l’époque était plutôt à gauche et qu’elle tend à évoluer vers la droite… pas de lourdeur nom d’une pipe !!! et je ne parle pas de l’évolution des idées philosophique, ce glissement progressif (ou anti progressif) de Sartre à Camus… non ! de grâce pas la philo ! enlevez donc lui les piles !!!

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