de l’indignation sélective

Le rapprochement est peut-être brutal, choquant, mais il est mathématiquement correct : le million d’euros* de dégâts causé samedi aux services publics nantais aurait permis de servir un million de repas aux réfugiés centrafricains qui errent en ce moment sur les routes et dans les camps de toile du pays.

bangui

Alors que les journaux, les réseaux sociaux débordent d’accusations, d’invectives, pour pointer les responsabilités de ce dérapage ridicule et imbécile, des populations crèvent allégrement sur les routes et dans les camps, chassés par une redoutable guerre civile.

Il se trouve qu’un de mes fils vit et travaille actuellement dans ce chaudron africain et passe ses journées et ses nuits à tenter de trouver des solutions pour les milliers de réfugiés qui convergent vers la frontière camerounaise. Essayez de lui parler de Notre-Dame-des-Landes, pour voir.

L’humanitaire n’est certes pas la panacée, mais bon sang les causes un peu sérieuses, un peu épaisses, ne manquent pas pour les jeunes gens qui veulent changer le monde. Il faut sortir un peu, plutôt que de casser le tramway de grand-maman, qui n’en peut mais. Cette focalisation aveugle de la révolte me fait penser aux ados des banlieues qui brûlent les voitures de leurs voisins au pied de leur immeuble.

Nul doute que ce billet aura moins de succès que le précédent, qui a fait exploser la fréquentation de cet atelier. Peu importe, s’il invite trois opposants égarés ici, exaltés par la lutte contre l’implantation d’un parking pour avions dans un pré, à réfléchir deux secondes. Mais j’en doute fort. Le monde est une représentation, et chacun choisit celle qui l’arrange, désigne ses bons et ses méchants. Il n’est pourtant pas interdit de prendre un peu de recul et de s’interroger sur la hiérarchie de ses indignations.

* dernière estimation en date

Illustration : camp de réfugiés en Centrafrique, droits inconnus. 

16 réflexions sur « de l’indignation sélective »

  1. G. PORCHER

    Comme le souligne très justement Jean, il y a malheureusement bcp bcp bcp d’autres indignations sélectives qui détronent de loin le M€ lamentablement gaspillés dans le centre ville de Nantes par une bande de casseurs qui ne mérite rien d’autre que l’exil sur une ile vierge où il n’y aurait rien à détruire. Si les opposants à NDDL sont souvent accusés de s’acharner de façon excessive face à ce projet, force est de constater que les pro-aéroports ne sont pas à court d’idée en matière d’instrumentation en tout genre face à ces mêmes opposants…
    Aussi, j’aimerais bcp que vous interrogiez votre fiston sur les excès en tout genre de nos sociétés occidentales : les Mt de nourritures lamentablement gaspillées chaque semaine dans les supemarchés du XXème S. qui concentrent + des 2/3 des achats alimentaires des ménages français (le fameux modèle du tjrs + de… pouvoir d’achat en l’occurrence), les M€ H.T. de pétrole LAMENTABLEMENT gaspillés tous les jours dans des moteurs à 30% de rendement pour déplacer 1 personne seule au volant d’un tank de 1,5 tonne à vide sur des trajets inférieurs à 3 km à la vitesse moyenne de 20 km/h max. (y en a qlq bons spécimens des comme ça dans la métropole nantaise…), les M€ d’argent public gaspillés tous les ans par l’incroyable inefficicacité du mille feuille administratif français, etc, etc…
    Triste constat ici comme ailleurs que celui des indignations sélectives.
    P.S : Le bonjour à votre fiston de ma part. En tant que cycliste urbain qui fait ses achats alimentaires au marché des producteurs et en tant qu’usager du train plutôt que de l’auto à pétrole à 30% de rendement, j’estime contribuer, à mon modeste niveau, à un partage équitable des richesses mondiales plutôt qu’à leur saccage. Puisse l’Afrique, un jour peut-être, en tirer profit… (ce qui suppose au préalable de réussir à supprimer les tirants et les milliers de pourris qui corrompre à tout va l’économie africaine. Triste tableau que celui de la nature humaine)

  2. Philippe Auteur de l’article

    Sur le fond nous sommes d’accord. Sur la forme permettez-moi de considérer que la débauche d’énergie, de moyens, l’hystérie collective déclenchée par ce projet sont un brin démesurés. Cette affaire fait perdre la tête aux gens les plus sensés. Et puis l’addition commence à sérieusement grimper et la lutte tourner au ridicule. Quand les opposants empêchent les trains de circuler, vandalisent les locaux de la compagnie de transport public, détruisent ses véhicules, quelque chose ne tourne pas rond. Vous me direz “c’est pas moi, c’est l’autre”. Et me tartinerez si vous voulez une réponse argumentée de quinze kilomètres. Soit. On peut aussi placer son énergie ailleurs.
    Bien à vous.

  3. Philippe Auteur de l’article

    Restez calme cher ami. Vous perdez votre sang froid, ce n’est pas bon pour le coeur. et ne comprenez pas les remarques à l’envers s’il vous plait. Bien sûr qu’il y a peu de vols Nantes/Paris. encore heureux, c’est quand même plus simple de prendre le train. Mais la question n’est pas là. Elle est de passer par Paris pour aller à Madrid ou à Casablanca depuis Nantes. Ce qui n’est pas le plus court chemin. La carte est peut-être un peu sommaire mais elle montre bien que l’écrasante majorité des vols internationaux passe par Paris.
    Mais bon, je n’ai l’intention de convaincre personne. Comme le dit Gaëtan, il est vain de lutter contre les croyances. Je vous laisse volontiers à vos certitudes et à vos leçons de morale.

  4. Jean Petit

    Bonjour,

    au regard des drames qui se jouent en Afrique, notre mode de vie dans son ensemble est indécent. Qu’il s’agisse d’entretenir un animal de compagnie, d’épancher nos états d’âme sur un divan, de dépenser 30 € pour un repas au restaurant ou encore de partir en vacances… La lutte contre l’aéroport de NDDL n’est donc pas plus “de l’indignation sélective” que tout le reste.

    A la fin de ses conférences, les auditeurs demandent souvent à Noam Chomsky “que faire face à l’injustice” ? Ce dernier répond qu’il faut s’engager, où que l’on soit et quelque soit le mobile. Cela me semble en effet une réponse appropriée, car c’est à partir de ce mouvement que les choses et les gens peuvent évoluer et se transformer. Et si j’ai plus d’admiration pour les gens comme votre fils que pour ceux qui comparent les prix des machines à laver, je ne me permettrais pas de balayer tous les engagement et investissement humains parce que l’Afrique connaît des drames sans nom.

    En outre, il y a peut-être des humanitaires dans la lutte contre NDDL. Certains opposants vont peut-être s’engager par la suite dans des combats contre l’armement nucléaire. Certains citoyens peu politisés vont peut-être s’intéresser davantage à la chose publique et de nombreux opposants s’occupent déjà de plusieurs luttes. Bref, on ne sait jamais ce qui peut ressortir de cette émulation populaire.

    Cordialement

  5. MOUNIER Christophe

    Monsieur,
    Cessez de causer de Paris !!! Vous n’avez pas étudié vraiment le dossier il me semble, mais vous vous exprimez là-dessus quand même : 12% (seulement) des avions au départ de NANTES passent pas PARIS ! Pas plus ! Ce chiffre n’a cessé de diminuer .
    Vous étiez au courant de ce pourcentage ?
    Que voulez qu’un aéroport construit à NDDL fasse de mieux ?
    Si cet argument l’une de vos principales mesures d’appréciation du projet pour le défendre et saccager 1650ha de bocages pour cela, c’est que vous n’avez pas beaucoup en vous d’esprit d’analyse de la valeur des choses . C’est assez sidérant et mieux vaut, en effet, que vous discutiez d’autres sujets pour lesquels êtes certainement plus affûté .

  6. pascale

    J’espère n’avoir pas laissé penser que le débat m’est exaspérant, car ce n’est pas tout à fait cela….
    C’est le côté “avoir forcément un avis” et si possible définitif, et même nettement tranché, qui est exaspérant…
    Juste un petit détail…. exaspérant : c’est de prendre un avion qui ne pourrait pas ne pas passer par Paris, et qui oblige donc au transit. Jusque là ça ne m’est pas arrivé, j’y veille… mais ça reste parfois possible, alors là, ce serait très, très exaspérant!

  7. géographie

    Pour les curieux cette carte établie par le Direction Générale de l’Aviation Civile, sur l’état prévisionnel des infrastructures aéroportuaires en France 2000/2020 (doc Assemblée nationale).

    http://www.google.fr/imgres?sa=X&rlz=1C1AVNA_enFR570FR571&espvd=210&es_sm=122&biw=1366&bih=643&tbm=isch&tbnid=d0TWgNtdJyxctM%3A&imgrefurl=http%3A%2F%2Fwww.assemblee-nationale.fr%2F12%2Frap-info%2Fi1016-2.asp&docid=NKGzW3QifFOOiM&imgurl=http%3A%2F%2Fwww.assemblee-nationale.fr%2F12%2Frap-info%2Fi1016-2-9.gif&w=642&h=796&ei=h3kPU472IMbI0QXQyoC4Cw&zoom=1&iact=rc&dur=2086&page=3&start=44&ndsp=22&ved=0CIgCEK0DMDk

    La carte date un peu (2000) mais c’est surtout pour donner un ordre de grandeur. Les grands équilibres n’ont pas beaucoup bougé (le trafic passagers de Nantes a doublé entre 2000 et 2012, de 1,9 million à 3,9 millions de passagers) un peu plus que la moyenne nationale.

  8. Philippe Auteur de l’article

    Je conçois, Pascale, que ce débat soit exaspérant pour les gens qui ne sont pas concernés par cette affaire, même si la France entière est sommée d’avoir un avis sur la question, comme en témoigne un récent sondage. Il est aussi aussi intéressant de noter le fait que ce soient les Parisiens qui soient les plus actifs militants contre cet aéroport http://leblogde.gaetan.jarnot.fr/2013/11/les-parisiens-ne-veulent-pas-daeroport-notre-dame-des-landes.html. Il est vrai qu’il est tellement plus confortable d’aller prendre l’avion à Paris pour les provinciaux. Les ploucs, ça ne prend pas l’avion, c’est bien connu.
    Mais il va être temps de passer à autre chose et de retrouver le calme de cet atelier, qui est devenu un véritable hall d’aéroport (plus de cinq cents visites par jour contre une cinquantaine habituellement). Et de revenir à la littérature.

  9. voyage, voyages....

    ZUT! C’est parti tout seul, enfin, je veux dire que j’ai dû taper là où il ne fallait pas…. belle métaphore!
    J’essaie de poursuivre, dans l’impuissance. Est-ce que les tenants de l’un et l’autre camp peuvent considérer qu’ils sont insupportables de nous convoquer ainsi dans un débat qui n’en est pas un, puisque les enjeux nous dépassent, les décisions aussi, en amont et en aval. Et que ce n’est pourtant pas mon genre de me dérober.
    Comment faire comprendre qu’on n’est pas forcément le con de service parce qu’on considère qu’il y a aussi du “moindre mal” et que ça risque d’être le seul choix possible, car, en effet, les réveils tardifs sont les plus douloureux. Qu’il y a des options, impossibles et insupportables à un instant “t” qui se révèlent les moins mauvaises sur un terme plus long dont aucune enquête chiffrée, aucun dogmatisme d’aucune sort, aucune conviction, aucune option, n’a, aujourd’hui, hinc et nunc, l’assurance d’être une prédiction. Aucun lien, d’aucune sorte, juste des présomptions….
    Je sais, on ne peut rien bâtir sur ce genre de propos. Il y a un nombre considérable (dont je suis) de quidam qui ne sont pas allés lire les études et autres rapports sur NDDL parce qu’ils s’en foutent (et là ce n’est pas tout à fait mon cas), qui sont prêts (et j’en suis) à écouter attentivement ceux qui le font pour eux, de tous bords, mais qui ne sont pas prêts à adouber, ne serait-ce que parce qu’ils polluent le débat, les casseurs et provocateurs de tous poils, qu’il s’agisse de NDDL ou de ND tout court… Et ce n’est pas parce qu’on est dans l’apparence de l’opposition qu’on est un opposant crédible.
    En attendant, je prends un vol dans quelques jours pour une capitale européenne. L’aéroport de Nantes est à une encablure de chez moi, et Orly à trois (+ TGV hors de prix) et Roissy quatre encablures, j’avoue ne pas avoir tout saisi, ni savoir s’il est saturé ou pas, mais, argument à deux balles du bidochon moyen qui n’est ni nantais, ni loiratlantiquais, et qui a ses propres combats ou convictions dans sa région, l’impression qu’on se fout un peu de nous et que ça sert des intérêts qui ne disent pas leur nom parce qu’avant tout idéologicopolitiques est assez prégnant. Très pertinente en revanche est la trace historicochronologique de tout cela….

  10. pascale

    Difficile de s’infiltrer… pourtant l’envie est grande.
    N’être ni concernée, n’habitant pas in situ, mais pas si loin, au point d’avoir définitivement décidé que toute destination aérienne à prendre par moi le serait plutôt à Nantes qu’à Paris, question de facilités en tout genre.
    Comment avoir du jugement (plutôt que du recul comme le voudrait la formule consacrée) dans cette injonction permanente de prendre parti?
    Une chose m’est à peu près acquise, il n’y a aucune morale dans cette affaire, la morale est affaire de positionnement privé à l’égard des moeurs, habitudes, publics. T

  11. de la morale

    Il est peut-être utile de préciser, puisque l’atelier ne désemplit pas, et qu’il attire des visiteurs qui ne connaissent pas la maison, que ce billet est un contre-pied, face aux assauts de morale des opposants à l’aéroport, qui se targuent volontiers d’être les défenseurs d’une certaine éthique face à l’hydre du méchant capitalisme sauvage. Opposants qui utilisent des méthodes détestables sur le terrain (et je ne parle pas ici des casseurs ou de la violence) notamment le procès d’intention et l’intimidation, au nom de je ne sais quelle morale bien-pensante. Et pratiquent allègrement l’amalgame “si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous, donc tu es un sale capitaliste sauvage. C’est louche, tu dois être payé par Vinci.” J’en ai fait l’expérience.
    Je ne supporte pas ce genre de procès, qui interdit toute liberté de penser. Sur le fond, je suis plutôt agnostique sur le sujet, et je m’en fous un peu (même si je pense que cet équipement ne serait pas du luxe dans un pays où tout passe par Paris). Sur la forme, il ne me déplaît pas de renvoyer les donneurs de leçons à leurs contradictions et de mettre en lumière le fait que c’est une affaire plus complexe que ne le laisse penser la presse parisienne, qui se satisfait volontiers d’une présentation manichéenne, opposant gentils écolos et méchants capitalistes. Une sémiologue avait fait une excellente analyse du traitement médiatique du sujet l’an dernier sur France-culture : http://www.franceculture.fr/emission-le-secret-des-sources-notre-dame-des-landes-les-journalistes-ont-ils-fait-preuve-de-partial
    bonne journée
    Philippe

  12. Philippe Auteur de l’article

    Lu le commentaire de Nathalie trop vite tout à l’heure. Et pas tilté sur “égarés”. Comme quoi il faut peser chacun de ses mots. Dans mon esprit c’était “égarés ici”, mais il est vrai que ce n’était pas clair. Je viens donc de corriger.
    Précisons, par ailleurs, que l’expression “n’en pouvoir mais” est française, même si elle semble avoir chagriné certains lecteurs : http://fr.wiktionary.org/wiki/n%E2%80%99en_pouvoir_mais

  13. Philippe Auteur de l’article

    Bon, il faudrait que je bosse mais je ne peux pas laisser ces commentaires sans réponse. Tout d’abord Nathalie, où êtes-vous aller chercher que j’approuvais ce partenariat PPP ? Attention, il vous faire la différence entre une information et une opinion. Je donnais cette information pour rappeler que le contrat avait été publiquement signé en 2010 par François Fillon après des années de controverse publique. Ce qui indiquait en filigrane qu’il s’agissait d’un Sarkoport (un aéroport est un équipement d’Etat) beaucoup plus que d’un Ayraultport, comme se plaisent à le crier les opposants de la dernière heure, qui se sont curieusement réveillés quand le contrat était verrouillé. Mais bon, passons. Je précisais également que ce réveil tardif (rappelons que le dit aéroport a été soumis et approuvé par le Grenelle de n’environnement) va coûter une fortune à la collectivité, beaucoup plus que l’aéroport proprement dit. C’est tout un mécano urbain qui est à revoir, dont, vraisemblablement un CHU. Il sera temps dans dix ans de pleurer parce qu’on a un équipement hospitalier complètement dépassé, ou installé à Pétaouchnok. Il n’y a pas tant de terrains d’une trentaine d’hectares disponibles en ville.
    Pour Johann. Certes, ce million d’euros ne serait sans doute pas allé en Centrafrique, mais il va manquer aux écoles, aux bibliothèques, aux musées… puisqu’il sera ponctionné sur le budget de la ville. Mais c’était surtout pour donner un ordre de grandeur. Et mon propos n’est pas de faire de la morale. Dieu m’en garde. Juste de réagir à l’hystérie collective qui a transformé ce dossier d’aménagement en enjeu démesuré. Il faut raison garder. Ce n’est pas un silo de missiles nucléaires. Et je ne supporte pas l’intimidation qui fait qu’ici, à deux pas de NDDL on n’a pas le droit d’avoir un avis non-conforme sur le dossier, au risque de se faire pourrir la vie.

  14. Nathalie

    Le commentaire de Johann Lefebvre fait du bien, après un article qui appelle au recul et désigne surtout les méchants.
    En quoi le projet de futur aéroport ne serait pas une cause sérieuse, au vu des millions qui vont y être engagés ? Quitte à parler chiffres, que dire de ces millions qui vont aller chez un promoteur quand la France souffre de tant de carences ? Pourquoi auriez-vous plus de recul, vous qui estimez utile le partenariat public-privé engagé par l’Etat, dont on a déjà vu le résultat sur les autoroutes et leur tarif ?
    Comment se fait-il que systématiquement, les opposants (“égarés”, on apprécie) au nouvel aéroport se voient taxés de si peu d’intelligence qu’on considère qu’il faille leur ré-expliquer le projet pour le leur faire accepter ?
    Désapprouvez la violence, condamnez la, mais interrogez aussi ses causes et son histoire, ne cédez pas à cette image rapide de “jeunes gens” qui seraient capricieux et irréfléchis. Quand bien même certains le seraient, est-il si difficile de comprendre la misère, la violence de la société actuelle, l’acculturation, ou encore la déplorable image véhiculée par les politiques ?
    Vous soucieux des mots et de la langue, je vous signale d’ailleurs que votre titre s’est égaré. Les “jeunes gens” ne s’indignent pas, bien au contraire, l’indignation n’est souvent suivie d’aucun effet. Chacun s’indigne dans son fauteuil et il ne se passe rien. Ces “jeunes gens” agissent, même si l’on désapprouve leurs méthodes. Et vous ne savez pas si l’aéroport est la seule action dans laquelle ils sont engagés.
    (côté chiffrage, espérons avoir celui de l’hélicoptère de la gendarmerie qui a tourné toute la journée, et des litres d’eau répandus dont on peut contester l’indispensabilité).

  15. Johann Lefebvre

    Le rapprochement est brutal ; les mathématiques permettent des équivalences redoutables, et celle que tu as faite a le mérite d’une puissante relativité, pointant une triste et mortelle réalité. Mais cette équivalence s’arrête là et je pense que la formulation de ton prédicat -“aurait permis de servir un million de repas”- peut mal servir, aux yeux de certains simplistes, la cause dont tu parles dans la suite de ton billet : le million d’euros qui va permettre de réparer et nettoyer ce qui a été cassé ou dégradé à Nantes n’aurait jamais servi à fournir un million de repas aux réfugiés centrafricains. Ceci est naturellement valable pour toute une série de dépenses dont les origines sont regrettables ou infondées.
    “L’humanitaire n’est certes pas la panacée” : aucun combat ne l’est, puisque tant que le combat existe et perdure c’est qu’il signale la permanence d’un défaut, d’une anomalie, d’une tragédie. Je suis admiratif devant celui de ton fils, non seulement parce qu’il engage l’entier de son être dans une situation horrible où la mort a fait son règne, mais surtout parce que son utilité est IMMEDIATEMENT vérifiable, même à une petite échelle.
    “Le monde est une représentation” : c’est vrai, mais je crains que malheureusement beaucoup d’individus sur cette terre ne choisissent pas celle qui les arrangent, soit qu’ils sont soumis à des injonctions aliénantes, souvent alimentées par la servitude volontaire, soit qu’ils sont les proies d’événements ou de conjonctures telles que la guerre, la misère ou les forces de la Nature. Il est important de prendre du recul, tout comme il est tout aussi indispensable d’être au monde, au contact direct de la réalité, si l’on veut y modifier ce qui nous semble intolérable ou simplement inopérant. S’indigner ne suffit pas, nous sommes d’accord, il faut agir. Mais la hiérarchisation des indignations, toujours relative, qui va déterminer les actions éventuelles, est avant tout le résultat complexe d’un étrange mélange entre représentations et expériences directement vécues. Le travail de ton fils est important, indispensable, et nous devons tous l’en remercier (dans humanitaire il y a humanité), il agit au niveau des conséquences dramatiques de choix politiques et économiques. D’autres ailleurs, en d’autres circonstances, font la même chose. D’autres, avec des outils différents, s’attaquent aux causes. D’autres agissent sur des problématiques bien différentes et qui sont certainement moins graves, si je veux précisément hiérarchiser, mais qui ne sont pas inutiles. Le fait que des êtres humains meurent en grand nombre en Afrique est une réalité qui doit être divulguée, mais elle ne doit pas occulter que c’est aussi le cas sur d’autres continents et que la survie est le mode d’existence le plus répandu sur la planète… d’autant que ce sont trop souvent les mêmes facteurs, politiques et économiques, qui produisent ces drames.
    Quoi qu’il en soit, j’aimerais, comme toi, que certains se prennent à réfléchir sur l’ensemble (prendre du recul) des choses qui fonctionnent mal ou pas du tout aux quatre coins du monde, pour d’abord agir sur les conséquences, efficacement, et ensuite identifier les causes pour les neutraliser : c’est une lutte de longue haleine.

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