L’avion c’est mal, l’agriculture c’est bien

beurreIl ne faut pas construire d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Un aéroport c’est sale, ça fait du bruit et ça réchauffe le climat. L’agriculture c’est beaucoup mieux, c’est joli, ça protège les paysages et c’est bucolique. Bon d’accord ça réchauffe le climat beaucoup plus que le transport aérien, surtout l’élevage, mais il ne faut pas le dire, parce que justement à Notre-Dame-des Landes c’est l’élevage qu’on pratique, pour faire du bon beurre.

Et puis c’est une bande d’illuminés qui prétend ça, vous savez ces farfelus experts du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental pour l’étude du climat). Selon ces rabat-joie l’agriculture générerait 13,5 % des gaz à effet de serre, contre 13,1% pour les transports. Le misérable transport aérien n’en provoquerait, quant à lui, que 2 à 3%. Sûrement des chiffres bidonnés pour faire plaisir aux méchants bétonneurs.

Un collaborateur du grand journal Le Monde va même jusqu’à affirmer que “les déplacements engiec voiture émettent davantage de CO2 que les voyages par avion par voyageur-kilomètre. Le CO2 reste dans l’atmosphère plus longtemps que tout autre gaz, aussi les voitures ont-elles un impact plus dangereux sur le changement climatique à long terme.”

 

Plus grave, un traître, le soi-disant site écologiste Reporterre, ose affirmer dans une enquête intitulée « L’élevage, atout ou malédiction pour le climat ? » que la réduction du cheptel serait plus efficace que l’isolation des maisons. On croit rêver : « Le CO2 reste cent ans dans l’atmosphère, le méthane seulement douze ans, rappelle Christian Berdot. Si l’on réduisait le cheptel mondial de 50 %, les résultats sur les concentrations atmosphériques de CH4 seraient très rapides. D’après le World Watch Institute, ce serait plus efficace qu’isoler toutes les maisons… »

atom

Atom heart mother

Oui mais réduire le cheptel ce serait faire du mal à la gentille agriculture. Et puis on ne saurait plus qui sont les bons et qui sont les méchants, ça troublerait les esprits. En cette époque de confusion, il est bon d’avoir des valeurs sûres, solides, inébranlables. L’avion c’est mal, l’agriculture c’est bien. Un point c’est tout.

6 réflexions sur « L’avion c’est mal, l’agriculture c’est bien »

  1. PMB

    Vous, vous accusez vous-même de “relative mauvaise foi”, je ne vais pas vous contredire !

    Car cet aérodrome se fera. Ce ne sont pas quelques pouilleux qui vont faire plier SuperValls, SuperVinci et SuperJMA…

    Et s’il ne se fait pas, ce sera uniquement pour raisons économiques, pas écologiques.

  2. p.

    Ah! oui, la pongienne huître, sans oublier sa crevette, pour rester dans la saveur des mots. Et n’en pas tomber dans de spongieuses luttes, près des marécages à pro-vocation de débordements à venir…..

  3. p.

    C’est bien ce que je pensais, et avais saisi…
    Et dire que dans “intégrisme” il y a “intègre”… il y avait, pardon!

  4. christiane

    M’en voudrez-vous beaucoup, Philippe, si loin de ces batailles j’ai savouré le commentaire de P. ?
    L’huître de Francis Ponge me remonte en mémoire…
    ” L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.
    A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.
    Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.”

    Francis Ponge – Le parti pris des choses (1942)

  5. Philippe Auteur de l’article

    On sent l’agacement, oui, Pascale. Et même une relative mauvaise foi. Histoire de montrer qu’en tordant les arguments on peut arriver à démontrer tout et son contraire. Mais je ne supporte pas l’intégrisme, d’où qu’il vienne, et l’espèce d’irresponsabilité qui prévaut de plus en plus. On veut les services : l’eau, le gaz l’électricité, le téléphone portable, internet, la voiture, le train, l’avion… mais sans câbles, sans pylônes, sans tuyaux et sans équipements. A tout le moins “pas chez moi”, Not in my backyard. On veut payer la nourriture le moins cher possible mais on hurle contre l’agriculture intensive et les abattoirs. On pourrait ainsi décliner nombre de contradictions qui nous agitent. Mais sur ce coup là ce qui m’exaspère c’est le manque de traitement au fond, la victoire médiatique par KO des arguments superficiels. Le méchant avion contre le gentil agriculteur. César contre Astérix. C’est vendeur certes pour la presse nationale, mais c’est quand même un peu juste.

  6. p.

    On sent l’agacement, là, Philippe…
    Une précision sur l’élevage comme cause de nos maux plus encore que les transports, industriel l’élevage, industriel!
    Je crois pouvoir manger encore quelques tranches de la belle et bonne Parthenaise, élevée avec amour par le fils du paysan du coin, qui, avant de mourir d’épuisement, a tout appris à son rejeton. Ou acheter un onglet de Blonde d’Aquitaine au banc des Halles du Marché, où le patron et ses commis (en cravate s’il vous plaît) vous chante la Traviata en pesant (bon poids) l’affaire. Tandis que d’aucuns préfèrent prendre leur bagnole (quand je suis fâchée je dis toujours “bagnole”) aller dans les concentrations consuméristes (ah! Jean Baudrillard!) de sortie de ville, y retrouver leur lointain-prochain tâtant les mêmes morceaux que tous, dorénavant privés (les morceaux) de leurs appellations traditionnelles pour faciliter la lecture. Adieu flanchets, basses-côtes, aiguillettes et autres araignées. Vous avez le choix, dorénavant entre “à rôtir” ou “à braiser”…. Je ne suis pas carnivore patentée, et me régale tout autant avec les huîtres de “mon” ostréiculteur préféré, qui vient-lui-même-en-personne, toujours 13 à la douzaine (les huîtres), les citrons en sus, dont les infinies variations de verts (des mêmes, une fois ouvertes) sont déjà autant de promesses. Lire Denis Montebello.
    Revenons à nos moutons.
    Je crains que vous ne deviez vous attendre à quelques tracasseries sur le mode de la guérilla urbaine dans votre bonne ville de Nantes, Philippe, dès que les véhicules de chantier, forcément protégés par l’armée viendront déranger dans leur vie antéhistorique mais quelque peu hystérique, ceux que vous nommez “quelques illuminés”.
    Forcément on en reparlera.
    Série d’excellents articles et variés dans le Monde en ce moment, en approche du truc qui va “sauver la planète”, on préfèrerait qu’il cherchât à sauver les humains….

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