Le crépuscule d’un philosophe

La galaxie réactionnaire, Valeurs Actuelles en tête, se mobilise pour défendre Michel Onfray après la lettre ouverte qu’il vient d’adresser au Président de la République. Un brûlot  scatologique et ordurier du tonneau des libelles d’Hebert accusant Marie-Antoinette d’inceste*. Ce naufrage intellectuel, qui discrédite l’ensemble d’une œuvre inégale et pléthorique, peut interroger.

La réponse passe sans doute par le corps. Il faut rappeler que Michel Onfray est arrivé sur la scène publique avec un ouvrage assez malin, intitulé Le ventre des philosophes. Ce travail, expliquait-il à l’époque, avait été motivé par le régime alimentaire qui lui était imposé suite à un infarctus du myocarde subi à l’âge de 27 ans. L’argument était assez simple : dis-moi ce qui tu manges, je te dirai ce que tu penses, et lui assura un premier succès d’estime.

En décrochant quelques années plus tard, le prix Médicis pour La sculpture de soi, Onfray s’est définitivement imposé parmi les philosophes en vogue, et a commencé une étrange carrière de déboulonneur de statues. Un fonds de commerce qu’il a intelligemment fait prospérer grâce à la complicité passive de France-Culture. Son indéniable talent de bateleur en a fait durant de longues années une bienvenue tête de gondole pour muscler les taux d’audience de la station.

L’un de ses plus grands succès de démolisseur patenté aura été Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne. Voilà qui nous ramène au corps. En brocardant le génie de Freud, la mise en lumière des pulsions sexuelles dans la lecture des comportements humains, Onfray a commencé, sans complexe, à se placer en surplomb de la condition humaine. Notre philosophe d’Argentan s’est progressivement considéré comme un pur esprit, s’autorisant à porter des jugements sur l’ensemble de ses contemporains, voire sur la cohorte des philosophes qui ont jalonné l’Histoire.

Certes, l’habillage était toujours corporel, concret, ancré dans le réel. Chambois, Argentan, Caen… Sa compagne, la maladie, la vie quotidienne. Mais ce décor était savamment mis en scène, intelligemment marqueté. Et pour avoir partagé sa chambrée dans un pensionnat de curés, j’ai bien souvent souri à l’exploitation qu’il faisait d’une adolescence ordinaire transformée en roman à la Dickens.

Aujourd’hui son corps le rattrape semble-t-il. Victime d’un AVC, dont il s’est empressé de faire un bouquin, il exprime tous les symptômes d’une désinhibition incontrôlée (pardon pour le pléonasme). Comme ces joyeux grands-pères qui tripotent les seins des infirmières en leur débitant des insanités. Freud rattrape Onfray sur le tard. Ce serait presque drôle si l’animal n’entraînait dans son naufrage une cohorte d’admirateurs béats et de frustrés de tout poil, qui adhèrent les yeux fermés à la fable de l’intellectuel maudit, victime d’une supposée dictature de la bien-pensance et d’un pouvoir totalitaire.

 

*le propos n’est pas ici de défendre Macron, dont la communication peut être contestable et contestée.